Mondial 2026, nouveaux records de revenus, rémunération en forte hausse : Gianni Infantino incarne la nouvelle économie de la FIFA et ses paradoxes.
Un matin de mai 2026, Gianni Infantino se lève à Vancouver avec un discours prêt depuis des semaines. Dans quelques heures, le président de la FIFA, 56 ans, annoncera devant les 211 fédérations membres qu’il briguera un nouveau mandat en 2027. Quelques mois plus tôt, plusieurs médias ont mis en lumière sa rémunération 2024, comprise entre 4,44 millions d’euros selon les documents officiels de la FIFA et 6,133 millions de dollars selon les déclarations fiscales transmises aux autorités américaines. En parallèle, la fédération table désormais sur jusqu’à 13 milliards de dollars de revenus pour le cycle 2023-2026, portée par une Coupe du monde élargie à 48 équipes.
En avril, à New York, Gianni Infantino a défendu des billets du Mondial 2026 jugés trop chers en expliquant que la FIFA « gagne l’argent en un mois » pour financer les « 47 autres ». Fin janvier, plusieurs médias européens ont détaillé les montants inscrits dans les déclarations fiscales de l’institution, très supérieurs au seul salaire de base communiqué dans les rapports officiels. À Vancouver, il avance fort du soutien annoncé de l’Afrique et de l’Asie, soit 101 fédérations sur 211. Le président d’une association juridiquement « à but non lucratif » voit sa rémunération progresser au rythme de l’expansion commerciale de l’organisation.
Un troisième mandat en ligne de mire
Dans le centre des congrès de Vancouver, le 30 avril 2026, Gianni Infantino confirme qu’il sera candidat à sa propre succession lors du congrès électif de 2027. La Confédération africaine de football et la Confédération asiatique de football ont déjà officialisé leur soutien commun, soit 101 voix potentielles sur les 211 membres de la FIFA. Le scrutin doit intervenir après la Coupe du monde 2026, organisée aux États-Unis, au Canada et au Mexique à partir du 11 juin.
Quelques jours plus tard, le 18 mai, il participe à New York à la célébration de la Journée mondiale du football aux Nations unies. Le patron de la FIFA y décrit un tournoi qui devrait attirer plus de 6 millions de spectateurs dans les stades. Sur le plan financier, la fédération rappelle que le cycle 2019-2022 a généré 7,6 milliards de dollars de revenus effectifs et que ses prévisions pour 2023-2026, d’abord fixées à 11 milliards, ont été révisées à la hausse jusqu’à 13 milliards. Dans le même temps, des supporters dénoncent des prix de billets jugés excessifs pour l’édition 2026.
Interrogé sur cette politique tarifaire, Gianni Infantino a indiqué que la Coupe du monde restait « la principale, et pour l’instant unique, source de revenus » de la FIFA. Il a ajouté que l’argent collecté pendant la compétition servait ensuite à financer les quatre années suivantes. Cette défense intervient au moment même où sa propre rémunération est scrutée de plus près, en raison de sa progression continue depuis son élection en 2016.
Un fils de migrants italiens dans le Haut-Valais
Giovanni Vincenzo Infantino naît le 23 mars 1970 à Brigue, dans le canton du Valais, en Suisse. Son père, Vincenzo, est originaire de Reggio de Calabre et sa mère, Maria Minolfi, du Val Camonica, en Lombardie. Le couple tient un kiosque à journaux dans cette petite ville du Haut-Valais. Des années plus tard, le président de la FIFA rappellera avoir grandi dans un milieu modeste et avoir subi des moqueries lorsqu’il était enfant.
Il étudie le droit à Neuchâtel puis à Fribourg avant d’obtenir un diplôme de juriste. Il parle italien, français, allemand, anglais et espagnol. Il débute ensuite comme secrétaire général du Centre international d’études du sport, à Neuchâtel, institut spécialisé dans l’économie et la gouvernance du sport. Aucun document public ne permet de chiffrer ses revenus durant cette période.
Son parcours bifurque lorsqu’il rejoint l’Union des associations européennes de football au début des années 2000. À Nyon, il traite des dossiers juridiques, des licences de clubs et des règlements de compétitions. Il n’est pas un ancien grand joueur ni un élu venu du terrain. Il entre dans le football par le droit et l’administration.
De Nyon à Zurich, dans l’ombre de Michel Platini
En 2004, l’UEFA le nomme directeur des affaires juridiques et du département des licences de clubs. En 2009, il devient secrétaire général, poste qui en fait le principal collaborateur de Michel Platini. Il supervise alors les opérations de l’instance européenne, des compétitions aux dossiers réglementaires.
Le grand public commence à le reconnaître lors des tirages au sort de la Ligue des champions, qu’il anime régulièrement à Monaco ou à Nyon. Son visage s’installe à l’écran, mais il reste encore un numéro deux. Les montants exacts de sa rémunération à l’UEFA ne sont pas publics, et aucune source solide ne permet d’en donner un chiffre vérifié pour la période 2009-2016.
En 2015, la crise de corruption qui frappe la FIFA emporte Sepp Blatter et suspend Michel Platini. Gianni Infantino se lance alors dans une campagne accélérée pour la présidence, multiplie les déplacements et rencontre environ 150 présidents de fédération dans plus de 70 pays. Le 26 février 2016, à Zurich, il est élu président de la FIFA lors d’un congrès extraordinaire.
Un président « modeste » en 2016
À son arrivée, le contexte oblige la FIFA à afficher une rupture avec l’ère Blatter. La commission des rémunérations fixe pour 2016 un salaire de 1,5 million de francs suisses, soit un peu plus de 1,3 million d’euros, sans bonus pour la première année. Ce choix tranche avec les pratiques antérieures. Sous Sepp Blatter, le contrat prévoyait un salaire de base de 3 millions de dollars par an, auquel pouvaient s’ajouter des bonus bien plus élevés liés aux Coupes du monde.
Les documents fiscaux examinés par la presse situent la rémunération totale de Gianni Infantino autour de 1,28 million d’euros pour 2016. À ce moment-là, la FIFA présente cette modération comme la preuve d’un changement de gouvernance. Le président s’inscrit alors dans une séquence de reconquête de crédibilité.
La hausse commence pourtant rapidement. Des estimations relayées par la presse spécialisée placent sa rémunération autour de 1,45 million d’euros en 2017, puis autour de 3,1 millions d’euros en 2018, année de la Coupe du monde en Russie. Le mouvement correspond à l’entrée en jeu des bonus liés aux performances commerciales de l’institution.
Les Coupes du monde comme accélérateurs
La Coupe du monde 2018 en Russie est le premier grand tournoi du mandat Infantino. La FIFA y sécurise des recettes élevées grâce aux droits de diffusion et aux partenariats mondiaux. Selon des enquêtes publiées par la presse européenne, le bonus exceptionnel attribué au président pour cette édition se situe autour de 840 000 euros. Le niveau de rémunération annuel dépasse alors durablement les 3 millions d’euros.
En novembre 2022, le Mondial au Qatar s’ouvre dans un climat beaucoup plus tendu. Les conditions de travail des ouvriers migrants, les critiques liées aux droits des personnes LGBT+ et les accusations d’instrumentalisation politique occupent une large part du débat public. La veille du match d’ouverture, Gianni Infantino prononce à Doha un discours d’une heure pendant lequel il dit : « Aujourd’hui, je me sens qatari », puis « arabe », « africain », « gay », « handicapé » et « travailleur migrant ».
Sur le plan comptable, la FIFA clôt le cycle 2019-2022 avec 7,6 milliards de dollars de revenus, un niveau record à ce stade. La presse indique qu’un bonus de 1,66 à 1,77 million d’euros est ensuite versé à Gianni Infantino pour le Mondial 2022. Son salaire de base pour cette période tourne autour de 3,62 millions d’euros. La Coupe du monde reste donc, pour lui aussi, le moment où les montants s’envolent.
Déménagement à Doha, appartement à Zoug
En 2021, le quotidien suisse Blick rapporte que Gianni Infantino a déménagé au Qatar avec sa famille pendant la préparation du Mondial. Deux de ses quatre filles y sont scolarisées, selon le journal. Le même article décrit une résidence louée à Doha et la présence régulière du président aux côtés de l’émir lors d’événements sportifs.
La FIFA commence par minimiser ces informations avant d’admettre que son président réside effectivement au Qatar pendant cette période. Après la compétition, la presse suisse rapporte qu’il dispose en Suisse d’un appartement de standing à Zoug loué par la FIFA pour 7 950 francs suisses par mois. À ces avantages s’ajoutent une voiture de fonction, des remboursements de frais et la prise en charge de certaines cotisations et assurances.
Gianni Infantino est marié depuis 2001 à Leena Al Ashqar et père de quatre filles. Supporter déclaré de l’Inter Milan, il reste discret sur sa vie privée en dehors de ces éléments connus. Ses conditions de logement et ses déplacements nourrissent toutefois le débat sur le train de vie du président d’une organisation qui se présente comme redistributive.
Une rémunération multipliée par plus de trois
En 2019, Gianni Infantino est reconduit par acclamation lors du congrès de Paris pour un premier mandat complet. Les rapports annuels de la FIFA indiquent alors un niveau de rémunération installé au-dessus de 3 millions d’euros, entre salaire fixe et bonus. Malgré la pandémie de Covid-19, les revenus de la direction restent élevés en 2020 et 2021.
Après sa réélection à Kigali, en mars 2023, le rapport annuel de la FIFA mentionne pour le président un salaire de base de 2 463 710 francs suisses, un bonus de 1,65 million de francs et 24 000 francs d’indemnités journalières. Le total ressort autour de 4,3 millions d’euros selon les conversions utilisées par la presse spécialisée. Sportune estime que le cumul de ses rémunérations sur la période 2016-2023 atteint déjà environ 22,7 millions d’euros.
Pour 2024, deux lectures coexistent. Les documents officiels de la FIFA, repris par plusieurs médias économiques, font état d’une rémunération d’environ 4,44 millions d’euros, en hausse de 3,3% par rapport à l’exercice précédent. Les déclarations fiscales transmises aux autorités américaines, consultées par plusieurs journaux, mentionnent de leur côté 6,133 millions de dollars, soit environ 5,27 millions d’euros, parce qu’elles intègrent, au-delà du salaire et du bonus, d’autres rubriques comme des rémunérations différées ou des éléments déclaratifs supplémentaires. Le chiffre le plus prudent pour un article grand public consiste donc à retenir 4,44 millions d’euros comme rémunération officielle 2024, tout en signalant que le total déclaré au fisc américain est plus élevé.
Les données consolidées pour 2025 ne sont pas encore aussi stabilisées dans les sources accessibles. Plusieurs articles évoquent une poursuite de la hausse, dans un contexte marqué par la nouvelle Coupe du monde des clubs et par les projections record de la FIFA. Il reste plus rigoureux, à ce stade, de parler d’une rémunération toujours supérieure à 4,4 millions d’euros plutôt que d’avancer un total définitif non harmonisé entre les sources.
Une association « à but non lucratif »
Depuis l’arrivée d’Infantino, la FIFA publie dans ses rapports annuels les rémunérations de ses principaux dirigeants. Ce niveau de transparence n’existait pas sous la présidence Blatter. L’organisation rappelle aussi qu’elle demeure une association de droit suisse et qu’une très large part de ses recettes est reversée aux fédérations membres et aux programmes de développement.
En avril 2026, Gianni Infantino a expliqué que la FIFA vivait essentiellement de la Coupe du monde et qu’elle utilisait ensuite cette manne pendant les années suivantes. Cet argument sert à défendre la politique de billetterie du Mondial 2026, mais aussi, indirectement, la progression des rémunérations de la direction. La croissance des recettes est nette : 7,6 milliards de dollars constatés pour 2019-2022, 11 milliards d’abord budgétés pour 2023-2026, puis jusqu’à 13 milliards dans les projections révisées annoncées en 2026.
Le parallèle avec la rémunération du président est difficile à ignorer. Entre 2016 et 2024, son niveau officiel passe d’environ 1,28 million d’euros à 4,44 millions d’euros. Le total déclaré aux autorités fiscales américaines pour 2024 est même supérieur à 5 millions d’euros. La FIFA n’est pas une entreprise cotée, mais les montants atteints par sa direction se rapprochent désormais de ceux de grands groupes internationaux.
Une procédure pénale classée en Suisse
En juillet 2020, la justice suisse ouvre une procédure pénale contre Gianni Infantino pour « incitation à l’abus d’autorité », « violation du secret de fonction » et « entrave à l’action pénale ». L’affaire porte sur plusieurs rencontres non documentées avec Michael Lauber, alors procureur général de la Confédération, au moment où des enquêtes visaient la FIFA. Ces réunions ont alimenté plusieurs années de soupçons sur la gouvernance de l’organisation.
En août 2020, la commission d’éthique de la FIFA indique qu’elle ne constate pas de violation manifeste de son code interne. Le 25 octobre 2023, les procureurs spéciaux suisses classent à leur tour la procédure, en estimant que les soupçons ont été réfutés. La FIFA se dit alors « extrêmement satisfaite » de cette décision. Michael Lauber, lui, a quitté ses fonctions en 2020.
Cette séquence judiciaire n’a pas empêché Gianni Infantino d’être réélu à Kigali en 2023 ni de préparer sa candidature pour 2027. Elle alimente néanmoins un débat plus large sur la concentration du pouvoir à la FIFA et sur la faiblesse des contre-pouvoirs internes.
Alliances et projections
Au fil des années, Gianni Infantino a renforcé ses liens avec plusieurs dirigeants des pays hôtes des grandes compétitions. Il s’est affiché avec l’émir du Qatar pendant la préparation du Mondial 2022. Il a ensuite soutenu l’attribution du Mondial 2034 à l’Arabie saoudite. En mai 2025, il participe encore à Riyad à des événements consacrés au football saoudien.
Ses relations avec Donald Trump, actuel président des États-Unis, sont également relevées dans plusieurs portraits récents, à l’approche du Mondial 2026 nord-américain. L’année 2027 devrait s’ouvrir avec le bilan financier du premier Mondial à 48 équipes. La FIFA a déjà augmenté de 15% les dotations promises aux nations qualifiées pour l’édition 2026, portant l’enveloppe à 871 millions de dollars. Si les projections de revenus se confirment, le bonus lié à cette Coupe du monde pourrait dépasser ceux liés aux éditions 2018 et 2022, même si aucun montant n’est encore public.
En dix ans, Gianni Infantino est passé du rang de juriste de l’UEFA à celui de patron d’une organisation qui vise jusqu’à 13 milliards de dollars de revenus sur un cycle de quatre ans. Sa rémunération officielle a, sur la même période, plus que triplé. Le Mondial 2026 dira jusqu’où cette mécanique peut encore monter.