Demi-finaliste à Cincinnati, Terence Atmane a doublé ses gains en une semaine. Mais derrière le million encaissé, le Français reste pris dans l’économie fragile du tennis.
En août 2025, Terence Atmane quitte le Masters 1000 de Cincinnati avec un chèque officiel de 332 160 dollars, correspondant à une demi-finale sur le tableau principal. Sur ce tournoi, il gagne davantage que les 310 376 dollars de prize money qu’il avait cumulés en simple depuis le début de sa carrière professionnelle. En l’espace d’une semaine, le tennisman de 23 ans double ainsi ses gains de l’année 2025. Sa marche s’arrête en demi-finale face au numéro un mondial Jannik Sinner, après des victoires contre Taylor Fritz et Holger Rune, tous deux membres du top 5. Début 2026, son prize money total en carrière dépasse 1,568 million de dollars, soit environ 1,3 million d’euros. La saison 2025 représente à elle seule 781 869 dollars de cette somme. Ces montants changent immédiatement son horizon financier, sans lui garantir une stabilité durable.
Des premières saisons sans filet
Le joueur né à Boulogne-sur-Mer en janvier 2002 commence sa carrière professionnelle dans l’anonymat des circuits ITF et Challenger, loin des tableaux principaux des grands tournois. En 2022, il réalise un bond spectaculaire au classement ATP, passant de la 851e à la 299e place mondiale en une saison. Cette progression se fait essentiellement sur des tournois dotés de prize money modestes, où les gains se comptent en milliers de dollars par semaine. En 2023, il multiplie les apparitions en Challengers et commence à intégrer quelques tableaux principaux sur le circuit ATP, sans obtenir encore les résultats qui permettent d’atteindre un niveau de revenus confortable. En 2024, il dispute les qualifications de tournois majeurs, dont l’Open d’Australie, ce qui améliore son exposition sportive, mais ses revenus restent largement absorbés par les coûts de son activité. À ce stade, son parcours est celui d’un joueur en progression rapide au classement, mais encore soumis à une forte incertitude économique.
400 000 euros de gains, 250 000 de charges
Dans une interview accordée à un média spécialisé, Terence Atmane estime avoir gagné autour de 400 000 euros de prize money sur une saison récente, pour des frais professionnels compris, selon lui, entre 200 000 et 250 000 euros. Il détaille des dépenses qui couvrent la rémunération de son coach, de son préparateur physique et de son kiné, ainsi que les billets d’avion, les nuits d’hôtel, la location de terrains d’entraînement et la restauration sur le circuit. À ce niveau de revenus, le bénéfice avant impôt se situe donc, d’après ses propres chiffres, dans une fourchette de 150 000 à 200 000 euros. À cette somme s’ajoutent la fiscalité et la commission de l’agent, généralement calculée en proportion des revenus. « J’aimerais faire plaisir à ma famille », a-t-il indiqué après son parcours à Cincinnati, en évoquant ce prize money exceptionnel. Le gain de 332 160 dollars enregistré dans l’Ohio modifie très favorablement son équilibre de trésorerie à court terme, sans régler la question de la régularité de ses revenus.
Lâché par Asics, sans équipementier
À l’automne 2024, Terence Atmane apprend que son contrat avec Asics arrive à terme et ne sera pas prolongé. À la suite de cette rupture, il se met à acheter lui-même ses tenues et ses chaussures de match. Au même moment, il explique n’avoir aucun sponsor en dehors de Tecnifibre, qui lui fournit ses raquettes. Pour un joueur qui commence à se rapprocher du top 100 mondial, ce profil reste atypique : à ce niveau, beaucoup de tennismen bénéficient au minimum d’un contrat d’équipement couvrant le matériel et les vêtements. Le marché du sponsoring dans le tennis concentre une grande partie de ses investissements sur les quelques stars en tête du classement mondial, dont la présence dans les derniers tours des grands tournois assure une visibilité maximale aux marques. Les joueurs placés plus bas dans la hiérarchie, même aux portes du top 100, accèdent moins facilement à ce type de soutien.
Rimowa, im8health : les premiers partenaires
La demi-finale de Cincinnati et l’entrée dans le top 100 modifient progressivement la situation commerciale de Terence Atmane. Début 2026, trois partenaires principaux sont identifiés autour du joueur : Tecnifibre pour les raquettes, im8health pour la nutrition et la santé, et Rimowa pour la bagagerie. Ses intérêts sont alors gérés par l’agence Evolve, chargée de négocier ses engagements publicitaires. Aucun de ces contrats ne fait l’objet de montants rendus publics, ce qui empêche toute quantification précise de ses revenus de sponsoring. Dans le tennis, ces accords associent souvent dotation en matériel et rémunération monétaire, avec parfois des bonus liés aux résultats et au classement. À ces partenariats peuvent s’ajouter des primes liées à ses performances ou à sa participation aux interclubs, des montants rarement détaillés publiquement.
Une fortune impossible à chiffrer
Les sites spécialisés qui publient des estimations de fortune pour les sportifs professionnels n’attribuent aucun chiffre à Terence Atmane. Aucun média économique ou sportif ne fait état de biens immobiliers, de participations dans des sociétés ou de placements financiers le concernant. Le calendrier de ses résultats explique en partie cette absence de données : une part importante de ses gains a été encaissée sur la seule saison 2025 et au début de l’année 2026, après plusieurs exercices beaucoup plus modestes. Sur un total de 1,568 million de dollars de prize money en carrière au début de 2026, plus de la moitié correspond à la seule saison 2025. Une fois retirés les frais professionnels, les impôts et les commissions, la somme réellement disponible est nécessairement inférieure au montant brut affiché. En l’absence d’informations publiques sur d’éventuels investissements, il reste impossible de chiffrer son patrimoine.
Le piège du tennis du milieu
La trajectoire économique de Terence Atmane rejoint celle d’une large partie des joueurs du circuit ATP. En 2025, le Français atteint une demi-finale de Masters 1000 à Cincinnati, entre dans le top 100 mondial et voit son prize money annuel dépasser les 780 000 dollars, tout en racontant avoir financé lui-même ses tenues et ses chaussures de compétition quelques mois auparavant. Une large part des gains du circuit se concentre sur un petit nombre de tournois majeurs, particulièrement rémunérateurs pour les joueurs présents dans les derniers tours. Pour les joueurs classés entre la 50e et la 150e place mondiale, un seul très grand tournoi peut représenter une part décisive des revenus annuels, alors qu’une blessure ou une baisse de forme peut inverser brutalement la tendance. Dans ce paysage, le cas de Terence Atmane rappelle qu’un classement dans le top 100 et un chèque de plus de 300 000 dollars sur une semaine ne suffisent pas, à eux seuls, à installer durablement un joueur sur le plan financier. La suite de sa carrière dira si la saison 2025 aura constitué un véritable point de bascule.