Que devient Michel Platini ?

24/05/2026

Acquitté et remis à l’honneur par Canal+, Michel Platini ne revient pas aux commandes du football et assume un rôle de mémoire critique des années 1980‑2000.

En décembre 2025, Michel Platini, 70 ans, est monté sur la scène de l’Olympia, à Paris, pour accompagner l’annonce de « Platini », une série documentaire de Canal+ diffusée au premier semestre 2026. Le 28 août 2025, quelques mois plus tôt, l’ancien président de l’UEFA avait vu s’éteindre le dernier volet de l’affaire judiciaire suisse qui l’a poursuivi pendant près de dix ans, le parquet renonçant à un ultime recours après la confirmation de sa relaxe en appel.

Une réhabilitation incomplète

Le 25 mars 2025, la justice suisse a confirmé en appel la relaxe de Michel Platini et de Sepp Blatter dans le dossier du paiement de 2 millions de francs suisses effectué par la FIFA en février 2011. Le 28 août 2025, le ministère public de la Confédération a annoncé qu’il renonçait à saisir le Tribunal fédéral de Lausanne, ce qui a rendu cette relaxe définitive. L’ancien président de l’UEFA a ainsi tourné la page pénale d’une affaire ouverte en 2015, lorsque les autorités suisses avaient enquêté sur ce versement présenté par les deux hommes comme un reliquat de salaire prévu par un accord oral conclu en 1998.

Cette issue judiciaire n’a pourtant rouvert aucune porte institutionnelle. En 2026, Michel Platini n’exerce aucune fonction à la FIFA, à l’UEFA, à la Fédération française de football ou dans un club professionnel, alors même qu’il avait présidé le football européen de 2007 à 2015. Dans ses prises de parole récentes, il dit toujours avoir payé au prix fort une séquence qui l’a empêché de briguer la présidence de la FIFA à l’hiver 2015-2016, au moment où il apparaissait comme un successeur crédible de Sepp Blatter.

Un retour par l’écran

Canal+ a officialisé en 2026 la diffusion de « Platini », une série documentaire de six épisodes de 30 minutes, réalisée par Guillaume Priou. La chaîne y déroule un récit qui mêle la carrière du joueur, le dirigeant de l’UEFA et les années plus tourmentées. L’annonce prolonge celle de décembre 2025, lorsque le groupe avait dévoilé sa feuille de route 2026 à l’Olympia, en présence de l’ancien numéro 10 des Bleus.

Ce retour par l’image n’a rien d’anodin pour un homme qui a longtemps gardé la main sur sa parole publique. Au printemps 2026, à Canneséries, Michel Platini a expliqué avoir voulu « une épopée sportive », en assumant l’idée d’un récit personnel sur ses années de lumière et de chute. En parallèle, il continue d’accorder des entretiens longs à la presse, où il revient sur l’affaire suisse, son rapport à la FIFA et le football contemporain, sans retrouver pour autant de rôle régulier de consultant ou de dirigeant.

Une parole libre, mais sans mandat

En 2026, Michel Platini n’occupe aucun mandat officiel dans le football international. Aucune nomination récente ne le replace dans une instance, un club ou une mission publique durable. Sa présence passe d’abord par des entretiens, des événements liés à la série Canal+ et quelques prises de parole sur la gouvernance du football.

Dans ces interventions, il reprend une ligne déjà ancienne : le football, selon lui, a laissé trop de place aux appareils politiques et administratifs. En décembre 2025, au moment de l’annonce de la série, il a laissé entendre qu’il n’excluait pas totalement un retour, tout en restant très vague sur sa forme concrète. Son idée directrice, répétée dans plusieurs entretiens, consiste à « donner plus de pouvoir aux footballeurs », autrement dit à déplacer le centre de gravité des décideurs vers les joueurs.

Joeuf, Nancy, Saint-Étienne

Michel Platini est né le 21 juin 1955 à Joeuf, en Meurthe-et-Moselle, dans une famille d’origine italienne où le football occupait déjà une place centrale, son père Aldo ayant été joueur puis entraîneur. Il débute à l’AS Nancy-Lorraine, où il s’impose dans les années 1970 comme l’un des meneurs de jeu les plus prometteurs du championnat de France. En 1978, il remporte la Coupe de France avec Nancy et marque en finale contre Nice, au Parc des Princes, dans ce qui reste le premier grand titre de sa carrière.

En 1979, il rejoint l’AS Saint-Étienne, alors référence du football français. Son passage chez les Verts est bref, mais il le confronte à un autre degré d’exposition et à la Coupe d’Europe, dans un club encore marqué par sa finale continentale de 1976. En 1981, Saint-Étienne est éliminé en quart de finale de la Coupe d’Europe des clubs champions par Hambourg ; Platini ne dispute donc pas de finale européenne avec l’ASSE.

Turin et l’Euro 1984

En 1982, Michel Platini signe à la Juventus Turin, où il rejoint un effectif qui compte notamment Paolo Rossi, Zbigniew Boniek et Gaetano Scirea. En Italie, il remporte le championnat en 1984 et 1986, devient meilleur buteur de Serie A trois saisons de suite, de 1983 à 1985, et gagne la Coupe d’Europe des clubs champions en 1985 lors de la finale du Heysel contre Liverpool. Son passage turinois fixe l’image du numéro 10 européen des années 1980 : un milieu qui marque, organise et décide.

Avec l’équipe de France, Platini traverse trois Coupes du monde, en Argentine en 1978, en Espagne en 1982 et au Mexique en 1986. Les demi-finales perdues contre la RFA, à Séville en 1982 puis à Guadalajara en 1986, ont laissé des souvenirs durables. Mais le sommet reste l’Euro 1984, organisé en France, remporté par les Bleus avec neuf buts de Platini en cinq matches, dont un triplé contre la Yougoslavie et un but en finale contre l’Espagne.

Trois Ballons d’or et un arrêt précoce

Michel Platini reçoit le Ballon d’or en 1983, 1984 et 1985, une série de trois trophées consécutifs qui le place au premier rang du football européen de son temps. À ces distinctions s’ajoutent les titres gagnés avec la Juventus et le premier trophée majeur de l’équipe de France, l’Euro 1984. Son palmarès mêle ainsi les grandes soirées de club et le moment fondateur des Bleus modernes.

En 1987, à 32 ans, il met fin à sa carrière de joueur professionnel après une dernière saison jugée physiquement lourde. Ce départ précoce a longtemps nourri son statut à part dans l’histoire du football français : il cesse au sommet de sa réputation, avant l’usure lente qui altère souvent l’image des grandes vedettes. La série annoncée en 2026 repose largement sur cette matière-là, celle d’une carrière ramassée, dense, immédiatement reconnaissable pour plusieurs générations de supporters.

Du vestiaire aux bureaux

Après sa retraite sportive, Michel Platini devient consultant pour Canal+, où il intervient dans les émissions de football de la chaîne à la fin des années 1980 et au début des années 1990. En novembre 1988, la Fédération française de football le nomme sélectionneur de l’équipe de France, qu’il dirige jusqu’en 1992. Les Bleus manquent la Coupe du monde 1990 et quittent l’Euro 1992 au premier tour, ce qui referme cette séquence sans prolongation.

Il se tourne ensuite vers l’organisation et la diplomatie sportive. Au milieu des années 1990, il participe à la préparation de la Coupe du monde 1998 en France, puis entre dans les organes du football international avant d’être élu président de l’UEFA en janvier 2007. À ce poste, il engage notamment l’extension du Championnat d’Europe à 24 équipes et met en place le fair-play financier, deux marqueurs durables de son mandat.

L’affaire qui a tout arrêté

En septembre 2015, le ministère public de la Confédération suisse ouvre une procédure visant Sepp Blatter, et le paiement de 2 millions de francs suisses versé à Michel Platini en février 2011 devient l’un des points centraux du dossier. En octobre de la même année, la commission d’éthique de la FIFA suspend provisoirement les deux hommes, avant de prononcer une suspension plus longue qui sera ensuite réduite par les voies de recours. Cette séquence suffit à empêcher Michel Platini de se présenter à l’élection de la FIFA de février 2016, remportée par Gianni Infantino.

À partir de là, sa trajectoire change de nature. L’ancien président de l’UEFA quitte le pouvoir, disparaît des organigrammes internationaux et reste pendant des années associé à un dossier pénal finalement refermé sans condamnation. L’acquittement devenu définitif en août 2025 a effacé la menace judiciaire ; il n’a pas rétabli le cours d’une carrière de dirigeant interrompue dix ans plus tôt.

Infantino, cible déclarée

Dans ses entretiens récents, Michel Platini critique ouvertement Gianni Infantino et la gouvernance actuelle de la FIFA. Il l’accuse d’avoir « viré autocrate » et conteste la concentration du pouvoir à la tête de l’organisation depuis plusieurs années. Il met aussi en cause l’alourdissement du calendrier, l’extension des compétitions et l’éloignement croissant entre les joueurs et ceux qui décident pour eux.

Ces prises de position ont une portée particulière, car elles viennent d’un ancien président de l’UEFA qui a lui-même exercé au sommet du football européen. Elles renforcent sa place singulière dans le paysage actuel : ni homme d’appareil, ni retraité silencieux, mais ancien patron revenu à la parole sans revenir à la fonction. Sa critique vaut d’autant plus qu’elle s’inscrit dans une histoire longue, du comité exécutif de la FIFA à sa mise à l’écart forcée en 2015.

Une mémoire vivante du football

À 70 ans, Michel Platini n’avance plus comme un candidat à quelque chose, mais comme une mémoire vivante du football européen. La série de Canal+, les archives de l’Euro 1984, les images de la Juventus et ses prises de parole récentes recomposent un même portrait : celui d’un joueur majeur des années 1980, devenu dirigeant de premier plan avant d’être stoppé net par une affaire dont il est finalement sorti blanchi. L’actualité de 2026 le replace sous la lumière, mais cette fois à distance des bureaux où se décide le sort du football mondial.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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