Que devient William Gallas ?

19/05/2026

Finaliste du Monde 2006, capitaine d’Arsenal, premier joueur à avoir porté trois maillots rivaux londoniens. Gallas vit aujourd’hui à Zalaegerszeg. Loin de tout.

En juillet 2021, le Zalaegerszeg TE FC, club de première division hongroise, annonce la nomination de William Gallas comme entraîneur des défenseurs de ses équipes de jeunes. L’homme est alors âgé de 43 ans. Il ne sort pas d’un autre club, ne revient pas d’une retraite dorée à Monaco : il vit déjà en Hongrie depuis plusieurs années, dans cette ville de soixante mille habitants nichée aux confins des frontières autrichienne et slovène, à 230 kilomètres au sud-ouest de Budapest.

Le président du club, Gábor Végh, a déclaré à l’annonce : « Une star mondiale vient renforcer notre club. » La formule dit tout du décalage. L’homme qui compte 84 sélections en équipe de France et plus de 570 apparitions en carrière professionnelle travaille désormais avec des U12 et des U17, leur transmet ses principes défensifs, et conseille ponctuellement les défenseurs de l’équipe première sur des points tactiques. En octobre 2024, lors du match de Ligue des nations France-Israël délocalisé à Budapest pour des raisons sécuritaires, il est aperçu en coulisses, saluant Didier Deschamps et son staff. Il est toujours en poste.

Le bus de Knysna, seize ans après

Le 13 mai 2026, Netflix met en ligne Le Bus : Les Bleus en grève, documentaire réalisé par Christophe Astruc sur la grève des joueurs de l’équipe de France lors de la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. William Gallas y témoigne aux côtés de Raymond Domenech, Patrice Evra et Bacary Sagna.

Sa présence dans ce film n’est pas celle d’un figurant. En 2010, Gallas était le capitaine sortant des Bleus, remplacé dans ce rôle par Evra sur décision de Domenech. C’est la première fois qu’il s’exprime dans un format long sur cet épisode. Ce documentaire constitue, depuis sa retraite en octobre 2014, sa seule participation à un projet éditorial d’envergure. Le reste du temps, il parle peu, et rarement en dehors de ses créneaux habituels.

Simeone plutôt que Fàbregas

Ces créneaux, ce sont ceux des plateformes britanniques de paris sportifs et de médias en ligne : BoyleSports, Spin Genie, Slingo, OLBG. Depuis 2016 et sa première vie de consultant sur SFR Sport, notamment dans l’émission Le Vestiaire aux côtés de Frank Leboeuf et Rolland Courbis, Gallas a adopté un modèle de présence médiatique entièrement freelance. Pas de contrat d’exclusivité, pas de plateau fixe, pas de chronique hebdomadaire.

Les déclarations sont courtes, ciblées, rarement anodines. En avril 2026, alors que Chelsea cherche un successeur à son entraîneur, il a déclaré : « Chelsea a besoin d’un leader capable de transformer les joueurs en guerriers, ce n’est pas Fàbregas. » Il cite Simeone. En juillet 2025, après qu’Arsenal a terminé deuxième de Premier League, il a indiqué : « Arsenal finished second. End of discussion. There are no prizes for second. »

Ses interventions visent systématiquement l’un des trois clubs londoniens qu’il a portés. Ce n’est pas un hasard.

Trois maillots rivaux, une seule ville

Gallas est le premier joueur de l’histoire à avoir porté les maillots de Chelsea, Arsenal et Tottenham, les trois rivaux directs du football londonien. La séquence court de 2001 à 2013.

À Chelsea d’abord, recruté pour environ neuf millions d’euros depuis Marseille en 2001. Sous José Mourinho, il est l’un des piliers d’une défense qui remporte deux titres de champion d’Angleterre consécutifs en 2005 et 2006, une League Cup et un Community Shield. En septembre 2006, son départ vire au scandale : Chelsea l’accuse publiquement d’avoir menacé de « marquer contre son camp » pour forcer son transfert. Gallas dément. L’affaire occupe la presse anglaise pendant plusieurs semaines.

Il rejoint Arsenal dans le cadre d’un échange impliquant Ashley Cole et cinq millions de livres sterling supplémentaires versés par Chelsea en faveur des Gunners. Arsène Wenger le nomme capitaine. La saison 2007-2008 tourne au cauchemar lors d’un match contre Birmingham City : après un penalty concédé à la dernière minute sur le score de 2-2, Gallas quitte ses coéquipiers, donne un coup de pied dans un panneau publicitaire, puis s’assied au milieu du terrain. Jens Lehmann a déclaré plusieurs années plus tard que cet épisode avait peut-être coûté le titre à Arsenal cette saison-là. En novembre 2008, Wenger lui retire le brassard, il est remplacé dans ce rôle par Cesc Fàbregas, après une interview dans laquelle Gallas a attaqué nommément Samir Nasri et Robin van Persie.

En 2010, il signe à Tottenham Hotspur et devient ainsi le premier joueur à avoir porté les couleurs des trois grands rivaux londoniens. Il dispute plus de soixante matchs de Premier League avec les Spurs sur trois saisons. En 2013, il rejoint le Perth Glory en Australie. Le 16 octobre 2014, à 37 ans, il annonce sa retraite.

5ᵉ tireur, brassard jamais rendu

En équipe de France, Gallas compte 84 sélections et 5 buts entre 2002 et 2013. Il remporte la Coupe des Confédérations en 2003 sur le sol français. Trois ans plus tard, il est titulaire sur l’ensemble de la campagne du Mondial 2006 en Allemagne, y compris la victoire 3-1 sur l’Espagne en huitièmes de finale, la qualification contre le Brésil et le Portugal. Le 9 juillet 2006 à Berlin, la France dispute la finale contre l’Italie. Score : 1-1 après prolongations. Séance de tirs au but : l’Italie l’emporte 5-3. Gallas était désigné comme cinquième tireur. Il n’a pas eu à s’élancer.

Dans l’émission Le Vestiaire sur SFR Sport, il a déclaré que « cette désignation restait l’un des détails de cette finale dont il ne s’était jamais débarrassé ».

Quant au brassard de capitaine : il le porte chez Arsenal de 2007 à 2008, le perd dans des conditions humiliantes, et ne le retrouve jamais, ni en club ni en sélection. Domenech lui préfère Evra pour la Coupe du monde 2010, le tournoi qui fait aujourd’hui l’objet du documentaire Netflix dans lequel il témoigne.

« Plus que de la négligence »

En août 2021, Gallas prend la parole publiquement sur un sujet sans rapport avec le football. La Guadeloupe traverse une crise sanitaire grave, les hôpitaux sont débordés, le taux de vaccination est l’un des plus bas de France. Il a déclaré : « Comment les ministres ont pu laisser les frontières ouvertes en sachant que les hôpitaux n’ont pas les mêmes infrastructures qu’en métropole ? C’est plus que de la négligence. »

Né à Asnières-sur-Seine le 17 août 1977, de parents originaires de Guadeloupe, il a grandi entre les deux territoires. La prise de parole est directe, non préparée par une cellule de communication, et ne sera pas suivie d’autres déclarations politiques. Père d’une fille prénommée Léa, il a longtemps résidé à Monaco après sa retraite avant de s’établir en Hongrie. Sa vie privée, au-delà de ces quelques données, reste sans information vérifiée disponible.

Image placeholder

Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

Laisser un commentaire