Pourquoi Mbappé est-il autant détesté ?

16/05/2026

41 buts en 47 matchs, et pourtant. Mbappé est devenu l’homme à abattre en Espagne comme en France. Pourquoi tant de haine ?

En avril 2026, alors que le Real Madrid disputait des matchs décisifs pour tenter de sauver une Liga déjà compromise, Kylian Mbappé était photographié en vacances à Cagliari avec sa compagne. Blessé à la cuisse gauche, le joueur n’était pas en mesure de jouer. Mais l’image a circulé, et le vestiaire madrilène l’a mal vécu. Quarante et un buts en quarante-sept matchs cette saison, et deux pays qui ne veulent plus de lui.

Sardaigne, pendant que Madrid brûle

Les photos sont parues dans la presse espagnole et française en avril-mai 2026. Mbappé, blessé, au soleil sarde avec sa compagne, pendant que ses coéquipiers encaissaient des résultats qui leur coûtaient le titre. Selon L’Équipe et plusieurs médias espagnols, une grande partie du vestiaire madrilène a qualifié ce comportement de « non professionnel ». D’autres détails ont filtré : un retard de quarante minutes à un repas collectif organisé par les joueurs, une attitude jugée méprisante envers un membre du staff. Pris isolément, chacun de ces éléments serait anecdotique. Accumulés sur une saison entière, ils ont achevé de convaincre une partie du groupe que quelque chose ne fonctionnait pas.

Une saison brillante, une Liga perdue

Le Real Madrid terminera 2025-2026 sans titre majeur, cinquième fois au XXIe siècle, deuxième saison consécutive. Le club a fini deuxième de Liga, loin derrière le Barcelone de 91 points, et a été éliminé de la Ligue des Champions par le Bayern Munich. Mbappé, lui, a inscrit 24 buts en 28 matchs de Liga et 41 en 47 toutes compétitions. Ces chiffres n’ont rien arrangé à son image, ils l’ont presque aggravée.

La presse madrilène n’a pas cherché à désigner un coupable collectif. Elle en a trouvé un. Tomas Roncero, éditorialiste au quotidien AS, a écrit après le derby contre l’Atlético de Madrid en mars 2026 qu’il « lui manque l’empathie nécessaire pour comprendre ce dont ce club a besoin » et que « le public du Bernabéu ne sait plus quoi penser de lui ». Josep Pedrerol, présentateur vedette de l’émission Chiringuito, est allé plus loin : « Ancelotti a failli perdre la Liga en faisant jouer Mbappé. » Bruno Alemany, analyste football à la Cadena SER, a formulé le problème en termes tactiques : Mbappé « demande le ballon au pied, prend des risques et joue comme Messi », alors qu’il est un joueur « différent », un attaquant de profondeur contraint de s’adapter, et qui ne s’est pas adapté. Selon Alemany, Bellingham et Vinicius auraient réalisé une meilleure saison avec un autre type d’avant-centre.

Sur les réseaux sociaux du Real Madrid, les publications du club sont depuis plusieurs semaines systématiquement envahies par le hashtag « Mbappé dehors ».

Le vestiaire s’est refermé

En avril 2026, Jude Bellingham, milieu de terrain anglais du Real Madrid, a admis publiquement qu’« il peut être difficile » de construire une complicité sur le terrain avec Mbappé et Vinicius, deux joueurs naturellement gauchers qui se retrouvent constamment dans les mêmes zones. La déclaration est mesurée. Elle n’en est pas moins publique, et elle dit quelque chose.

Plusieurs sources concordantes, dont L’Équipe, ont confirmé que Mbappé se retrouve progressivement isolé dans le groupe madrilène. Seuls ses compatriotes de l’équipe de France maintiennent des relations chaleureuses avec lui. Emmanuel Petit, ancien milieu de terrain international et champion du monde 1998, a déclaré que Mbappé avait « semé l’égoïsme dans le vestiaire du Real Madrid » et qualifié son passage de « fiasco ». Les tensions avec Vinicius sont régulièrement évoquées dans la presse espagnole sans avoir été officiellement confirmées par les deux joueurs.

Ce qui distingue Mbappé de Cristiano Ronaldo dans ce club, c’est moins le palmarès que l’affect. Ronaldo, pourtant tout aussi centré sur lui-même, avait su produire une connexion visible avec les supporters, les larmes, les célébrations, les états d’âme portés à vue. Mbappé projette autre chose. La presse madrilène appelle ça du détachement. Les supporters du Bernabéu, eux, ont commencé à siffler.

En France, la chute a précédé Madrid

En 2019, 80 % des Français avaient une image positive de Kylian Mbappé. En septembre 2024, un sondage Odoxa réalisé pour Winamax et RTL ramenait ce chiffre à 54 %, soit une perte de douze points en quelques mois. La proportion de Français le jugeant « humble » était tombée à 35 %, moins trente et un points depuis 2019.

Un an plus tard, en septembre 2025, un nouveau sondage Odoxa confirmait l’aggravation : 52 % des Français souhaitaient que Didier Deschamps lui retire le brassard de capitaine, un chiffre montant à 64 % chez les amateurs de football.

Le tournant originel reste le départ du PSG. À l’été 2024, après sept ans au club, Mbappé est parti libre, sans indemnité de transfert. Les supporters parisiens ont vécu ce départ comme une trahison, d’autant que sa prolongation de contrat en 2022 avait été accompagnée d’engagements que certains estiment non tenus. Le litige judiciaire qui a suivi n’a rien arrangé : Mbappé a réclamé 263 millions d’euros au PSG pour harcèlement moral et salaires impayés ; le club a répondu en exigeant 440 millions pour trahison. La guerre s’est déroulée en public.

En septembre 2024, à la veille d’un match France-Italie, Mbappé a déclaré sur les critiques qui lui étaient adressées : « Ce que pensent les gens est le cadet de mes soucis. » Daniel Riolo, journaliste et chroniqueur sur RMC Sport, a qualifié son attitude de « déplorable ». Eric Carrière, ancien milieu international français, l’avait publiquement décrit comme « condescendant avec ses adversaires ». Marcus Thuram, attaquant de l’Inter Milan et coéquipier de Mbappé en sélection, avait pris sa défense en expliquant que « ce n’est pas possible d’être un grand athlète sans avoir un mauvais caractère », une formulation qui, dans sa logique même, ne contredisait pas le problème.

Riolo avait d’ailleurs mis le doigt sur une asymétrie que beaucoup ont relevée : « Tu ne peux pas avoir une attitude d’un homme blasé, méprisant, alors que dans une entreprise de communication différente, quand tu es face aux médias espagnols, c’est tout sourire. » Le double registre a été perçu en France comme une forme de calcul.

Stockholm, et ce que le classement sans suite n’a pas effacé

En octobre 2024, à Stockholm, une plainte est déposée pour viol et agression sexuelle dans un hôtel du centre-ville. Les médias suédois désignent Mbappé comme « raisonnablement suspect ». En décembre 2024, Marina Chirakova, procureure en charge du dossier, classe l’affaire sans suite : « Les preuves ne sont pas suffisantes pour poursuivre l’enquête. » Aucun fait n’a été judiciairement établi contre Mbappé.

La couverture internationale a été massive. Le classement sans suite n’a pas effacé l’empreinte médiatique. En septembre 2025, Mbappé a indiqué que cette période l’avait « rendu triste ». L’affaire s’est déposée dans l’opinion publique au moment précis où d’autres épisodes, le litige avec le PSG, une enquête ouverte par le parquet de Paris sur des paiements suspects, les tensions madrilènes, se superposaient les uns aux autres. Chaque fait, pris seul, pouvait être nuancé ou contesté. Leur succession a produit un récit que les nuances individuelles n’ont pas réussi à défaire.

Ses défenseurs ont aussi leurs chiffres

Le Real Madrid, en l’absence de Mbappé blessé en fin de saison, n’a pas retrouvé son niveau. Benito, journaliste spécialiste du Real Madrid dans la presse madrilène, l’a formulé directement : « Mbappé marque 1000 buts mais des gens pensent qu’il est le mal du Real Madrid. C’est faux, c’est surtout qu’il brillera davantage dans un collectif fort. » Gilbert Brisbois, journaliste football sur RMC Sport, a posé le paradoxe sans le résoudre : « C’est le meilleur joueur français, il fait une saison exceptionnelle, et aujourd’hui plus personne ne veut de lui en France. »

Les mêmes sondages qui actent son impopularité le placent à 51 % parmi les joueurs jugés « les plus importants » pour la Coupe du Monde 2026, à égalité avec Ousmane Dembélé. Deux chiffres, deux lectures d’un même joueur, dans un même pays, au même moment.

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.

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