Combien gagne vraiment Remco Evenepoel ?

14/05/2026

20 millions d’euros sur trois ans chez Red Bull-BORA-Hansgrohe : le transfert de Remco Evenepoel a fait exploser les plafonds salariaux d’un cyclisme en mutation économique profonde.

En signant chez Red Bull-BORA-Hansgrohe pour un package estimé à plus de 20 millions d’euros sur trois ans, Remco Evenepoel est devenu à 26 ans le deuxième cycliste le mieux payé au monde, derrière le seul Tadej Pogacar. Le garçon qu’Anderlecht avait libéré à 16 ans après une fracture du bassin est aujourd’hui l’actif sportif le plus valorisé d’un cyclisme en train de changer d’échelle économique.

Le plus grand transfert du cyclisme

20 millions d’euros. C’est le montant minimum du contrat que Red Bull-BORA-Hansgrohe a versé pour s’attacher les services de Remco Evenepoel sur trois ans, jusqu’en 2028. Sur une base annuelle, le salaire du Belge est estimé à 6,48 millions d’euros, avec des primes de résultats portant l’enveloppe totale à 8 millions d’euros certaines saisons. À titre de comparaison, Jonas Vingegaard, double vainqueur du Tour de France, perçoit entre 4,5 et 5,5 millions d’euros par an chez Visma-Lease a Bike.

Le montant brut du contrat ne dit pas tout. Soudal Quick-Step, l’équipe qu’Evenepoel a quittée un an avant le terme de son engagement, aurait perçu une indemnité de transfert estimée entre 5 et 10 millions d’euros supplémentaires. Ce mécanisme, courant dans le football mais rarissime dans le cyclisme, porte l’investissement total de Red Bull dans le seul transfert d’Evenepoel à une somme pouvant approcher les 30 millions d’euros.

Au classement des cyclistes les mieux rémunérés, Evenepoel se positionne derrière le seul Pogacar, dont le contrat chez UAE Team Emirates XRG est évalué à 8 millions d’euros de base, avec des primes portant le total à 12 millions d’euros en 2025. Wout van Aert, chez Visma, touche entre 4 et 4,5 millions d’euros, tout comme Mathieu van der Poel chez Alpecin-Deceuninck.

Pour Red Bull, la dépense est aussi une décision de communication. La marque autrichienne investit massivement dans la production de contenus autour de ses athlètes, vidéos, documentaires et campagnes sur les réseaux sociaux. Evenepoel intègre un programme marketing mondial qui n’existait pas dans le cyclisme avant l’entrée de Red Bull dans le sport.

De 200 000 € à 6,48 millions en six saisons

En 2019, quand Evenepoel signe son premier contrat professionnel avec Deceuninck-Quick Step à 19 ans, les montants ne sont pas rendus publics. Les standards du peloton World Tour pour un coureur débutant situent les premières rémunérations entre 50 000 et 200 000 euros annuels. Son statut d’espoir numéro un du cyclisme mondial place son contrat initial dans le haut de cette fourchette, sans que des chiffres précis n’aient filtré.

La première inflexion salariale intervient en 2022. Après la Vuelta et le titre mondial à Wollongong, Evenepoel renégocie avec l’équipe, rebaptisée Soudal Quick-Step. Son salaire de base est alors estimé à 2,82 millions d’euros par an, une rémunération totale avec primes approchant les 5 millions d’euros annuels. Chaque titre majeur, Vuelta, Mondiaux, Jeux Olympiques, a fonctionné comme un levier de renégociation.

En six saisons, son salaire a été multiplié par un facteur de l’ordre de trente à quarante. Un joueur du top cinq de la Ligue 1 perçoit entre 5 et 8 millions d’euros bruts annuels, des montants désormais comparables à ceux d’un cycliste, dans un sport qui ne dépassait pas 3 à 4 millions d’euros pour ses têtes d’affiche il y a encore cinq ans.

L’arrivée de groupes comme Red Bull ou UAE Emirates a produit un effet de compression similaire à celui que l’argent qatari avait provoqué dans le football à partir de 2011 : les plafonds ont sauté, et les équipes dépourvues d’un tel soutien financier ne peuvent plus retenir leurs leaders.

Specialized à vie, Pizza Hut cinq ans

Le contrat signé entre Evenepoel et Specialized en avril 2026 est, dans le cyclisme, sans précédent établi : il est à vie. Mike Sinyard, fondateur du groupe américain, a déclaré qu’Evenepoel est « le meilleur coureur avec lequel l’entreprise a travaillé en cinquante ans ». L’accord est personnel et distinct de tout contrat d’équipe. Le Belge roulera sur des vélos Specialized quelle que soit l’évolution de ses engagements professionnels futurs.

Cinq ans plus tôt, Pizza Hut Belgique, groupe Top Brands, avait été la première marque grand public à miser sur lui. Le contrat de cinq ans, signé en mars 2021 avant même la victoire sur la Vuelta, prévoyait des spots télévisés nationaux, une pizza à son nom et une présence sur les réseaux sociaux. Stef Meulemans, CEO de Top Brands, a déclaré à l’époque : « Nous croyons fermement que dans les années à venir, il deviendra le phénomène du cyclisme belge. » Le pronostic était posé deux ans avant que le palmarès ne le confirme.

Co-sponsor de l’équipe Lotto-Soudal depuis 2015, la marque belge d’étanchéité Soudal a quitté la formation à la fin de la saison 2022 pour rejoindre Quick-Step, formant Soudal Quick-Step à partir de 2023. Son porte-parole Luc Thys a indiqué que grâce à Evenepoel, la marque avait gagné en visibilité dans les rayons de bricolage au Portugal, en Espagne et en Colombie. Ce n’est pas l’équipe qui entraîne les sponsors : c’est le coureur.

Renson Outdoor, fabricant belge de stores et de vérandas, avait utilisé la Vuelta 2022 pour cibler les marchés ibériques, son logo figurant sur les cuissards de l’équipe pendant l’intégralité de l’épreuve. Evenepoel s’exprime en plusieurs langues, son mariage avec Oumi Rayane lui confère une image cosmopolite, et son engagement via la REV Academy, académie cycliste bruxelloise qu’il a fondée en 2022 pour les jeunes issus de milieux défavorisés, attire des sponsors cherchant une audience diversifiée. Ces éléments constituent un actif distinct de ses seuls résultats sportifs.

Ce que les courses rapportent vraiment

Les primes versées par les organisateurs sont distribuées à l’équipe, qui les redistribue selon une clé interne. Elles représentent une fraction minoritaire des revenus globaux d’un coureur de premier plan, mais leurs montants sont suffisamment documentés pour être précisés.

Lors de la Vuelta a España 2022, le vainqueur du classement général a perçu environ 150 000 euros, montant qu’Evenepoel a remporté lors de sa première victoire dans un Grand Tour. En 2024, pour sa troisième place au Tour de France, les primes liées au classement général avoisinaient les 100 000 euros, auxquelles s’ajoutaient la victoire d’étape en contre-la-montre et le maillot de meilleur jeune, valorisé à 20 000 euros. L’équipe Soudal Quick-Step avait récupéré au total 248 860 euros de primes lors de ce Tour 2024.

Ses deux victoires à Liège-Bastogne-Liège, en 2022 et 2023, ont rapporté 20 000 euros par édition, dotation fixe du monument ardennais. Aux Jeux Olympiques de Paris 2024, la Loterie Nationale belge a versé des primes aux médaillés belges pour leurs médailles d’or, dont le montant exact n’a pas été officiellement communiqué.

Ces dotations, prises isolément, ne changent pas l’ordre de grandeur de sa fortune. C’est la structure salariale, renforcée par les contrats personnels, qui fait la différence.

60 victoires, deux JO, trois Mondiaux

Le 3 août 2024 à Paris, Remco Evenepoel franchit la ligne d’arrivée de la course en ligne des Jeux Olympiques en solitaire, les bras en croix. Quatre kilomètres plus tôt, il avait crevé. Il a changé de vélo, relancé, et comblé les secondes perdues. La semaine précédente, le 27 juillet, il avait remporté le contre-la-montre. Aucun cycliste masculin n’avait jamais remporté ces deux épreuves lors d’une même olympiade, la Néerlandaise Leontien van Moorsel l’avait fait chez les femmes à Sydney, en 2000.

Ce doublé olympique prolonge une séquence de titres majeurs amorcée en 2022. À Wollongong, il avait été sacré champion du monde sur route à 22 ans. À Glasgow en 2023, il avait ajouté le titre mondial du contre-la-montre. À Zurich en 2024, il l’avait conservé pour la troisième année consécutive, une série que l’UCI n’avait pas vue depuis des décennies dans la discipline.

La Vuelta a España 2022 avait été sa première démonstration dans un Tour de trois semaines, à 22 ans. En 2024, sa première participation au Tour de France s’était soldée par un podium, 3e derrière Pogacar et Vingegaard, une victoire d’étape en contre-la-montre et le maillot de meilleur jeune. Ses deux victoires à Liège-Bastogne-Liège et ses trois succès à la Classique de Saint-Sébastien, en 2019, 2022 et 2023, ont confirmé sa capacité à performer sur des registres radicalement différents. Il comptabilise plus de 60 succès professionnels au printemps 2026.

Sa résistance aux blessures forme le dernier chapitre de ce palmarès. En août 2020, il chute du parapet d’un pont dans la descente du Mur de Sormano, lors du Tour de Lombardie, fracture du bassin et d’une côte, six mois d’absence. Le 3 décembre 2024, à Oetingen, une factrice ouvre la portière de son véhicule bpost devant lui lors d’un entraînement, fracture de l’omoplate droite, de la main droite et d’une côte. Son retour à la compétition en avril 2025, sanctionné par une victoire à la Flèche Brabançonne, a été observé dans l’ensemble du peloton.

Le capitaine des U16 qu’Anderlecht a libéré

À 11 ans, Remco Evenepoel quitte le RSC Anderlecht après un conflit avec un entraîneur et rejoint le PSV Eindhoven, aux Pays-Bas, où il évolue pendant trois ans comme latéral gauche. Il rentre en Belgique à 14 ans, notamment en raison de l’état de santé de sa mère, et retrouve Anderlecht. Avant son départ pour les Pays-Bas, il portait déjà le brassard de capitaine dans les sélections nationales belges U15 et U16, avec neuf apparitions internationales à son actif dans ces deux catégories.

En 2016, à 16 ans, une fracture du bassin survenue lors d’un match de football précipite la fin de sa carrière dans ce sport. Anderlecht le libère dans la foulée. Un bref passage au KV Malines en U19 ne change rien, la page est tournée.

Son père, Patrick Evenepoel, ancien coureur professionnel et vainqueur du Grand Prix de Wallonie en 1993, l’oriente vers le cyclisme. Remco commence à pédaler sérieusement en 2017, à 17 ans. En 2018, sa deuxième saison à vélo, il remporte les six titres mondiaux juniors auxquels il peut prétendre, route et contre-la-montre aux Mondiaux, aux Européens et aux Championnats de Belgique. Deceuninck-Quick Step lui propose un contrat professionnel dans la foulée.

Entre la fracture qui met fin à sa carrière de footballeur et son premier contrat pro en cyclisme : moins de trois ans. Entre ce premier contrat et le contrat Red Bull-BORA-Hansgrohe à 6,48 millions d’euros par an : sept saisons.

Red Bull construit ses opérations de communication autour d’athlètes dont les trajectoires sont racontables. Le fondateur de Specialized a déclaré, en avril 2026, qu’Evenepoel est « le meilleur coureur avec lequel nous ayons jamais travaillé ». Ce n’est probablement pas étranger au montant du chèque.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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