Real Madrid : deux ans sans titre, un vestiaire en guerre

09/05/2026

Procédures disciplinaires, trésorerie à sec, six joueurs qui ne parlent plus à leur coach : le Real Madrid cumule les crises sportive, humaine et financière au printemps 2026.

Deux saisons sans titre, trois entraîneurs en moins de deux ans, 3,4 millions d’euros en caisse en pleine mi-saison et, depuis le 6 mai, des bagarres physiques à l’entraînement qui ont conduit le club à ouvrir des procédures disciplinaires contre deux de ses joueurs. Le Real Madrid, quinze fois champion d’Europe, n’a plus les moyens de cacher que quelque chose s’est cassé.
Le mercredi 6 mai, à Valdebebas, Federico Valverde a taclé Aurélien Tchouaméni lors d’une séance d’entraînement. La dispute s’est prolongée dans les vestiaires. Le lendemain, une seconde altercation a éclaté : Valverde, accusé par le milieu français d’avoir vendu l’incident à la presse, a refusé de lui serrer la main. L’échange a dégénéré en violence physique. Tchouaméni a chuté, s’est blessé à la tête, a été transporté à l’hôpital.

Le Real Madrid a publié un communiqué le jour même : « Le club a décidé d’ouvrir des procédures disciplinaires à l’encontre de nos joueurs Fede Valverde et Aurélien Tchouaméni. » Florentino Pérez serait intervenu personnellement. La sanction pourrait être, selon la presse espagnole, l’une des plus lourdes jamais prononcées dans l’histoire du club.
Deux jours plus tôt, Álvaro Carreras avait confirmé sur Instagram qu’Antonio Rüdiger l’avait giflé à l’entraînement. Aucun joueur madrilène n’avait jamais exposé publiquement, sur ses propres réseaux sociaux, un incident physique avec un coéquipier. Le consultant RMC Daniel Riolo a déclaré le 7 mai : « Ce vestiaire est mort, explosé. »

Six joueurs qui ne parlent plus

Selon Marca, six joueurs du Real Madrid n’adressent plus la parole à Álvaro Arbeloa. El Mundo et Footmercato ont révélé le 7 mai l’existence de deux blocs distincts dans le groupe : un camp favorable à Xabi Alonso, un autre soutenant Arbeloa. L’ambiance dans les couloirs de Valdebebas est décrite comme « toxique » par plusieurs sources espagnoles.

Dani Ceballos a dit à ses coéquipiers qu’il demandait à l’entraîneur de ne plus lui adresser la parole. Convoqué en conférence de presse, Arbeloa a répondu : « Ce qui se passe dans le vestiaire du Real Madrid reste dans le vestiaire. » Ceballos n’a plus été convoqué jusqu’à la fin de la saison. Son départ est acté.

Au-dessus de ces fractures de vestiaire, la ligne de faille entre les trois stars désignées de l’équipe traverse la saison entière. Edgar Groleau, correspondant de RMC en Espagne, a rapporté que Jude Bellingham et Kylian Mbappé ont eu une dispute à la mi-temps d’un match de Liga. Bellingham est décrit dans le groupe comme « le seul qui ose critiquer Mbappé frontalement ». Lors du déplacement à Munich en quart de finale de Ligue des champions, Vinicius Jr s’en est pris violemment au milieu anglais. Mbappé, pour sa part, a eu un accrochage verbal avec un membre du staff technique d’Arbeloa à l’entraînement. Le projet « BMW » — Bellingham, Mbappé, Vinicius — n’aura jamais existé sur un terrain.

Deux saisons, zéro titre

À l’issue de la 34e journée de Liga, le Real Madrid totalise 77 points. Le FC Barcelone en compte 88. Le 3 mai, la victoire du Real sur Espanyol (2-0) est rendue caduque dans la même soirée par celle de Barcelone à Osasuna : le titre est mathématiquement perdu à une journée du Clasico du 10 mai au Camp Nou.

Le bilan européen est plus sévère encore. Le 15 avril, à l’Allianz Arena, le Real menait 3-2 à la 86e minute grâce à un doublé d’Arda Güler et un but de Mbappé. Eduardo Camavinga est expulsé dans la foulée dans des circonstances contestées. Le Bayern inscrit deux buts en fin de match et se qualifie (4-3). En Coupe du Roi, le club avait été éliminé en huitièmes par Albacete, pensionnaire de deuxième division espagnole (2-3). La saison s’achève sans trophée majeur, comme la précédente, marquée par une élimination en quart de Ligue des champions contre Arsenal et une défaite en finale de Coupe du Roi contre Barcelone (2-3).

Le Real Madrid a concédé dix défaites en 46 matchs en cours de saison. C’est son deuxième pire bilan à ce stade sur dix-sept ans. En face, Barcelone affiche 29 victoires, un nul, quatre défaites, 89 buts marqués.

De Xabi Alonso à Arbeloa : un scénario en deux actes

Florentino Pérez avait misé sur Xabi Alonso après quatre saisons d’Ancelotti soldées par 247 victoires, 50 nuls et 53 défaites. L’entraîneur basque, auréolé de son titre de champion d’Allemagne avec le Bayer Leverkusen, avait pris ses fonctions en juillet 2025. Son mandat a duré six mois.

Le point de rupture est localisable avec précision. Lors d’un Clasico, Vinicius Jr, remplacé en cours de jeu, a déclaré devant ses coéquipiers que si la situation continuait, il quitterait le club. La direction n’a pas soutenu publiquement son entraîneur. Selon The Athletic, les tensions avec plusieurs membres du groupe s’étaient accumulées bien au-delà du seul cas Vinicius. La défaite en finale de Supercoupe d’Espagne contre Barcelone (2-3, à Djeddah) a servi de déclencheur formel. Le 12 janvier 2026, le club a annoncé la fin de la collaboration « d’un commun accord ».

Álvaro Arbeloa, ex-latéral droit du club et entraîneur du Castilla, a été propulsé sur le banc sans aucune expérience au plus haut niveau. Son premier match officiel s’est conclu par une élimination en Coupe du Roi face à Albacete. Sous sa direction, le taux de défaites a atteint 33,33 %, contre 17,86 % sous Alonso. Arbeloa est le premier entraîneur madrilène du XXIe siècle à subir cinq défaites dans ses dix-neuf premiers matchs sans être licencié. Il ne sera pas reconduit la saison prochaine.

3,4 millions d’euros en caisse

Le Real Madrid a publié un chiffre d’affaires de 1,185 milliard d’euros pour la saison 2024-2025, un résultat net de 24 millions d’euros et une dette nette de 12 millions d’euros au 30 juin 2025. Six mois plus tard, au 31 décembre 2025, la trésorerie disponible s’établissait à 3,4 millions d’euros, contre 175,8 millions six mois plus tôt, soit une chute de 172 millions en un semestre.

Les travaux de rénovation du Bernabéu, estimés à 1,3 milliard d’euros au total, et les dépenses du mercato estival, environ 165 millions d’euros, expliquent l’essentiel de cette dégradation. Le fonds de roulement est passé de -186 millions à -406 millions d’euros. Le club a activé 475 millions d’euros de lignes de crédit.

C’est dans cette situation que Florentino Pérez renégocie le partenariat maillot avec Emirates, dont le contrat expire le 30 juin 2026. L’objectif est de porter la valeur annuelle de 70-80 millions à 100 millions d’euros, dans le cadre d’un package global visé à 300 millions par an incluant Adidas et HP. Blinkfire Analytics évalue la valeur médiatique du maillot madrilène à 260 millions d’euros annuels, premier rang mondial devant Manchester United (200 millions) et Barcelone (183 millions). Cette position est directement indexée sur les résultats sportifs et l’image du club, deux variables dégradées au même moment que la négociation.

Mbappé, Vinicius, Bellingham

Kylian Mbappé a inscrit 47 buts toutes compétitions confondues cette saison, 24 en Liga et 15 en Ligue des champions. Des dirigeants madrilènes le décrivent en coulisses comme « pas le leader attendu » et pointent son manque d’implication défensive. Le Real Madrid a remporté 72,7 % de ses matchs avec lui, contre 66,7 % sans lui, selon des données citées par info.fr, un écart réel, insuffisant pour trancher le débat sur son influence collective.

Vinicius Jr a enchaîné dix-sept matchs consécutifs sans marquer en début de saison avant de retrouver son niveau (15 buts, 5 passes décisives en Liga). Il est sifflé au Bernabéu depuis le début de l’année. Son contrat courant jusqu’en 2027, le club avait fixé un prix de vente à 150 millions d’euros en cas de non-prolongation. Selon sport.fr du 7 mai, le dossier serait relancé après son retour en forme. Des joueurs du groupe sont persuadés qu’il transmettrait des informations internes à l’entraîneur. Il est l’un des acteurs du limogeage de Xabi Alonso.

Jude Bellingham a été opéré de l’épaule gauche avant même le début de la saison, puis s’est blessé aux ischio-jambiers en février 2026, manquant notamment les barrages de Ligue des champions contre Benfica. Sifflé au Bernabéu au même titre que Mbappé et Camavinga, il est décrit dans le vestiaire comme le joueur dont la présence dérange le plus, parce qu’il dit ce que les autres taisent.

Le départ de Toni Kroos à l’été 2024 a laissé un vide que personne n’a comblé. Le Real Madrid a aligné cette saison trois joueurs offensifs de premier plan dans un système sans organisateur identifié. L’entrejeu a improvisé en permanence.

Mourinho en coulisses, Nico Paz en option

Le 30 avril 2026, José Mourinho déclarait depuis Lisbonne : « Personne du Real Madrid ne m’a contacté. Je peux vous le garantir. » Le 7 mai, Marca et AS indiquaient qu’il était à « 99 % » le prochain entraîneur du club. Selon Real France, le Portugais de 63 ans aurait posé quatre conditions : son propre staff, l’éviction du préparateur physique Antonio Pintus, un contrat jusqu’en 2028, et un accès direct aux services médicaux.

Florentino Pérez a déclaré être le « principal fautif » des erreurs de casting post-Ancelotti. Il a annoncé reprendre personnellement en main le recrutement de l’entraîneur pour l’été 2026.

Sur le plan des effectifs, le Real Madrid a activé sa clause de rachat sur Nico Paz, 21 ans, pour environ 9 à 10 millions d’euros avant le 30 mai. L’Argentin a réalisé une saison à 13 buts et 8 passes décisives en 37 matchs avec Côme. Endrick, actuellement prêté, et Victor Muñoz (Osasuna) reviendraient pour la pré-saison 2026-2027. Ceballos, Fran Garcia, Camavinga et Huijsen, considéré en interne comme « un véritable boulet », sont annoncés partants. Arbeloa ne sera plus là. Le nom de son successeur ne l’est pas encore officiellement.

Image placeholder

Laisser un commentaire