Suspendu trois mois pour dopage en 2025, Jannik Sinner est revenu avec Wimbledon, l’ATP Finals et 52 millions de dollars de revenus annuels. Aucune marque n’a lâché.
Le 11 avril 2026, Jannik Sinner remporte le Masters 1000 de Monte-Carlo en battant Carlos Alcaraz (7-6, 6-3) et reprend la première place mondiale. C’est son quatrième Masters 1000 consécutif sans perdre le moindre set : Paris 2025, Indian Wells 2026, Miami 2026, Monte-Carlo 2026, une série de 37 sets gagnés d’affilée dans la catégorie la plus relevée du circuit, jamais réalisée auparavant dans l’histoire du tennis masculin.
Depuis janvier 2024, Sinner a remporté quatre Grands Chelems : l’Open d’Australie 2024 (victoire en cinq sets contre Medvedev après avoir été mené deux sets à zéro), l’US Open 2024 (6-3, 6-4, 7-5 contre Fritz), l’Open d’Australie 2025 (6-3, 7-6, 6-3 contre Zverev) et Wimbledon 2025 (4-6, 6-4, 6-4, 6-4 contre Alcaraz). Il est le premier joueur italien à soulever le trophée du All England Club.
En mars 2026, après sa victoire à Indian Wells, ses gains de prize money en carrière ont dépassé les 60 millions de dollars, ce qui fait de lui le 8e joueur de l’histoire, ATP et WTA confondus, à franchir ce seuil à 24 ans. En 2024, ses seuls gains de prize money se sont élevés à 16,91 millions de dollars, deuxième meilleure performance annuelle de l’histoire de l’ATP derrière Novak Djokovic en 2015. Ses revenus totaux 2025, prize money, sponsoring et exhibitions, sont estimés à 47,3 millions de dollars par Forbes et à 52,3 millions par Sportico, les deux organismes utilisant des méthodologies distinctes.
Nike mise 150 millions, les autres suivent
En mai 2022, Jannik Sinner signe avec Nike un contrat de dix ans évalué à 150 millions d’euros, soit environ 15 millions par an. Il a alors 20 ans et pointe au 12e rang mondial, sans titre du Grand Chelem, sans certitude. L’accord lui confère un logo personnel, un renard roux, et ouvre la porte à une ligne de merchandising à son nom.
En janvier 2026, Allianz, premier assureur mondial, l’a nommé ambassadeur mondial dans le cadre d’un partenariat pluriannuel. Giacomo Campora, PDG d’Allianz Italie, a déclaré que la marque était « fière de soutenir un champion apprécié dans le monde entier non seulement comme athlète, mais comme modèle de sportivité, de simplicité et de style ». Allianz a signé cet accord huit mois après la fin de la suspension pour dopage du joueur.
Lavazza, la marque turinoise de café, l’accompagne depuis 2019, lorsqu’il était classé 140e mondial et n’avait remporté aucun titre. En novembre 2025, les deux parties ont prolongé leur partenariat jusqu’en 2030. Sinner a déclaré que Lavazza était « avant tout une véritable famille ». Cette fidélité réciproque, dans un milieu où les contrats se brisent à la première contre-performance, est devenue un argument commercial en elle-même.
La maison Gucci l’a choisi comme ambassadeur en 2022. À Wimbledon 2023, Sinner est entré sur le Centre Court avec un sac en cuir beige signé de la double-G, une première dans l’histoire d’un tournoi régi par un dress code intransigeant. Rolex, dont les logos ornent les courts de Roland-Garros, de Wimbledon et de l’US Open, figure également parmi ses partenaires, aux côtés d’Alfa Romeo, La Roche-Posay, De Cecco, Fastweb, Technogym, Intesa Sanpaolo, Parmigiano Reggiano, Enervit, Explora Journeys, Panini et Pigna.
Au total, Sinner compte 14 sponsors actifs contre 10 pour Carlos Alcaraz. Ses revenus de sponsoring avoisinent les 43 millions d’euros annuels en 2025. Forbes le classe deuxième joueur le mieux payé au monde cette année-là, derrière Alcaraz (48,3 millions de dollars) ; Sportico le place en tête avec 52,3 millions.
De San Candido à Melbourne : une trajectoire sans filet
Jannik Sinner est né le 16 août 2001 à San Candido, dans le Tyrol du Sud, une région bilingue italo-germanique nichée dans les Alpes, à la frontière autrichienne. Ses parents, Johann et Siglinde Sinner, sont cuisiniers et serveurs dans un restaurant local du Val Pusteria. À sept ans, il est champion national de slalom géant. À onze ans, vice-champion. À treize ans, il quitte le foyer familial pour s’entraîner de façon intensive sur les courts.
En 2019, à 18 ans, il remporte les ATP Next Gen Finals à Milan et entre dans le top 100 mondial. En 2020, il atteint les quarts de finale de Roland-Garros, le plus jeune joueur à ce stade de la compétition depuis Rafael Nadal en 2005, et remporte son premier titre ATP à Sofia. Nike observe, puis signe en 2022, deux ans avant le premier Grand Chelem.
Son entraîneur principal, Simone Vagnozzi, travaille avec lui depuis 2022. Darren Cahill, ancien coach d’Andre Agassi et de Lleyton Hewitt, les rejoint la même année. Sinner a déclaré que Daniil Medvedev l’avait « beaucoup fait progresser », ajoutant : « Je n’avais jamais fait de service-volée et il m’a forcé à m’entraîner pour essayer de le battre. »
Trois mois de suspension, aucun sponsor rompu
Le 19 août 2024, l’ITIA rend publics trois contrôles positifs au clostébol, un stéroïde anabolisant, réalisés en mars 2024. Un tribunal indépendant conclut à l’absence de faute ou de négligence : la substance avait été introduite dans l’organisme du joueur via le spray thérapeutique de son physiothérapeute, appliqué sur une blessure à la main avant un massage. Sinner se sépare de son staff médical et continue de participer aux tournois.
Le 14 février 2025, la WADA annonce un accord : suspension de trois mois, du 9 février au 4 mai 2025. L’agence indique que Sinner « n’avait pas l’intention de tricher » et que la substance « ne lui a conféré aucun avantage de performance ». Aucune marque partenaire ne rompt son contrat pendant la période de suspension.
Dès son retour à la compétition, en mai 2025 à Rome, Sinner enchaîne les résultats. Il remporte Wimbledon en juillet, l’ATP Finals en novembre et termine la saison avec un taux de victoires supérieur à 90%, performance réalisée par seulement quatre joueurs dans l’ère Open. En janvier 2026, Allianz signe. Le marché a tranché.
Monaco, Foxera, Wooly Lemon
Depuis 2020, Jannik Sinner réside officiellement en Principauté de Monaco, qui n’applique pas d’impôt sur le revenu. Son appartement, avec vue sur la Méditerranée, est estimé entre 12 et 20 millions de dollars. Il a lui-même décrit le logement comme « vraiment très petit », au point d’avoir rapatrié son trophée de l’Open d’Australie chez ses parents en Italie.
Sa fortune est logée dans une architecture patrimoniale à trois étages. La holding centrale, Foxera Re S.à r.l., est domiciliée à Monaco et coordonne la gestion financière et la planification à long terme. Une seconde entité monégasque, Wooly Lemon S.à r.l., gère les droits d’image et les activités commerciales. Une troisième structure, Foxera S.r.l., détient des propriétés immobilières dans le centre historique de Milan. Forbes et Sportico estiment sa fortune nette globale entre 47 et 52 millions de dollars ; d’autres estimations, intégrant les contrats de sponsoring à exécuter sur leur durée totale, avancent un chiffre supérieur à 80 millions d’euros.
Ce dispositif, habituel dans les family offices des grandes fortunes privées, est rare à 24 ans dans le sport professionnel. Il sépare les flux de revenus courants, prize money et sponsoring, de la gestion du capital à long terme, avec une traçabilité comptable distincte pour chaque activité.
Alcaraz en face, Djokovic dans le rétroviseur
Entre janvier 2024 et juillet 2025, sept Grands Chelems ont été disputés. Sinner en a remporté quatre, Alcaraz trois. Chacun compte 8 titres en Masters 1000. Au 11 avril 2026, Sinner totalise 67 semaines à la première place mondiale, Alcaraz 66.
La finale de Wimbledon 2025 les a opposés directement : Sinner a gagné en quatre sets (4-6, 6-4, 6-4, 6-4). Celle de Monte-Carlo 2026 également (7-6, 6-3). En deux ans, les deux joueurs ont partagé tous les grands titres disponibles, sans qu’un troisième joueur parvienne à s’intercaler durablement, à l’exception de Novak Djokovic, qui a éliminé Sinner en demi-finale de l’Open d’Australie 2026 (3-6, 6-3, 4-6, 6-4, 6-4) à 38 ans. Derrière eux, les chiffres de l’histoire restent imposants : Novak Djokovic détient le record de prize money en carrière avec plus de 193 millions de dollars, devant Rafael Nadal (134,9 millions) et Roger Federer (130,6 millions). Sinner dépasse les 60 millions à 24 ans, l’âge auquel Federer venait tout juste de remporter son premier Grand Chelem.