JO 2028 : le CIO impose un test ADN et réserve le sport féminin aux femmes biologiques

26/03/2026

Le Comité International Olympique ressuscite les tests chromosomiques, absents depuis trente ans. Une décision radicale qui va exclure des athlètes comme Semenya et Khelif des JO 2028.

Un an après son élection à la présidence du Comité International Olympique, Kirsty Coventry vient de prendre la décision qui marquera probablement l’ensemble de son mandat. Le CIO a annoncé le retour des tests de sexe dans les Jeux Olympiques, une pratique abandonnée au début des années 1990 pour des raisons légales, éthiques et culturelles. La mesure entrera en vigueur pour les Jeux de Los Angeles en 2028.

Un test ADN obligatoire pour toutes les athlètes féminines

Toute femme souhaitant concourir dans la catégorie féminine devra désormais prouver l’absence de chromosome Y dans son génome. Le protocole retenu est un PCR SRY, réalisé à partir d’un prélèvement salivaire, d’un écouvillon buccal ou d’une prise de sang. Le test ne sera effectué qu’une seule fois au cours de la carrière de l’athlète.

Seront exclues de la catégorie féminine les athlètes transgenres, les athlètes présentant des variations des caractéristiques sexuelles (DSD) porteuses d’un chromosome Y, ainsi que les femmes assignées féminines à la naissance mais dont le génome contient des chromosomes masculins. Des exceptions sont prévues : les athlètes porteuses du chromosome Y mais atteintes du syndrome d’insensibilité totale aux androgènes (CAIS) ou d’autres troubles rares du développement sexuel n’entraînant aucun bénéfice anabolisant pourront continuer à concourir.

Un virage idéologique assumé

Le document approuvé par le Comité Exécutif du CIO porte un titre révélateur : Politique sur la protection de la catégorie féminine (des femmes) dans le sport olympique. Il tranche radicalement avec le cadre précédent, intitulé Cadre sur l’équité, l’inclusion et la non-discrimination fondées sur l’identité de genre et les variations du sexe. Le changement de vocabulaire traduit un changement de philosophie.

Le texte pose comme postulat que « le sexe biologique, qui se divise en deux catégories selon la biologie reproductive, les chromosomes sexuels, les gonades et les hormones, est distinct de l’identité de genre ». Kirsty Coventry assume cette orientation : « Les chromosomes masculins procurent des avantages de performance dans les sports dépendant de la force, de la puissance ou de l’endurance. Il est donc absolument clair qu’il ne serait pas équitable que des hommes biologiques concourent dans la catégorie féminine. »

Semenya, Khelif, Martínez Patiño : trois visages du même débat

La nouvelle règle concerne directement des athlètes dont les cas ont alimenté des années de polémique. Caster Semenya, double championne olympique sud-africaine du 800 mètres, et Imane Khelif, boxeuse algérienne médaillée d’or aux Jeux de Paris, seront exclues des compétitions féminines sous ce régime. L’Espagnole María José Martínez Patiño, en revanche, pourrait concourir sans problème : porteuse du chromosome Y, elle est atteinte du CAIS et n’a jamais bénéficié des effets de la testostérone.

Martínez Patiño, aujourd’hui chercheuse à l’Université de Vigo, a participé au groupe de travail créé par le CIO en 2025, réunissant des dizaines de médecins spécialistes. Elle reconnaît certaines avancées mais maintient une réserve de fond : « J’ai la certitude que les chromosomes ne sont pas déterminants. Je me sens femme à cent pour cent, et j’ai un chromosome Y. »

La controverse Khelif comme déclencheur

La retentissante victoire d’Imane Khelif aux Jeux de Paris a joué un rôle direct dans la décision de Kirsty Coventry de constituer une commission d’étude dont les membres sont restés confidentiels. Cette commission a été présidée par Jane Thornton, rameuse olympique canadienne devenue responsable médicale du CIO. L’expérience sportive de Thornton et celle de Coventry, championne olympique de natation en 2004, ont pesé dans l’orientation finale du texte.

Le contexte politique international a également été déterminant. Au Royaume-Uni comme aux États-Unis, un mouvement d’opinion fort s’est développé contre la participation des femmes transgenres dans le sport féminin. Donald Trump a annoncé que les athlètes trans ne recevraient pas de visa d’entrée pour les Jeux de Los Angeles.

Des critiques qui mettent en doute la justification scientifique

Joana Harper, athlète transexuelle canadienne et docteure en sciences du sport à l’Université de l’Ontario, conteste la prétention scientifique de la décision. « Il n’y a jamais eu de femme transgenre ayant réussi au niveau international. Je pense que la raison du CIO est davantage politique que scientifique. » Elle estime que la pression politique anglo-saxonne a servi de prétexte pour exclure à la fois les femmes trans et les femmes DSD du mouvement olympique.

Martínez Patiño partage cette lecture critique, même si elle bénéficie personnellement de la nouvelle règle. Ce qui lui résiste, c’est de voir le CIO ériger en dogme scientifique une définition binaire du sexe biologique que la médecine contemporaine ne considère pas comme définitive.

L’ancien système et ses dommages collatéraux

La politique précédente du CIO reposait sur un seuil de testostérone naturelle. Les athlètes le dépassant devaient se soumettre à un traitement aux estrogènes pour pouvoir concourir. Si les femmes transgenres acceptaient généralement cette contrainte, les athlètes DSD comme Caster Semenya ont subi des troubles physiques et psychologiques sévères avant d’abandonner la compétition.

La Fédération internationale d’athlétisme avait déjà unifié en 2025 les deux catégories dans ses propres règles. Le CIO a suivi la même trajectoire. La question de savoir où s’arrête la protection de l’équité sportive et où commence l’exclusion d’athlètes légitimes reste, elle, entière.

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Fan de basket depuis son plus jeune âge, Romain Dujardin a vécu dix ans aux États-Unis, où il a couvert la NBA en tant que pigiste pour des médias américains.