Cinq ans sans banc, des dizaines de matchs visionnés, un staff déjà pensé dans les grandes lignes. Zinédine Zidane prépare sa prise de fonction à la tête de l’équipe de France avec une méthode qui n’a rien d’improvisé.
Depuis l’automne 2025, L’Équipe documente, via des sources proches de Zidane, une préparation concrète et régulière. Il visionne des matchs en nombre — Ligue 1, compétitions européennes, mais aussi des championnats moins couverts par les médias français. Il prend des notes, développe des idées de jeu, suit les nouvelles générations de joueurs. Un proche résume au quotidien sportif : « Il sait tout. Les infos lui remontent plus qu’il ne va les chercher. »
Il maintient également des contacts avec des membres de l’entourage actuel de l’équipe de France, ce qui lui donne une lecture précise de l’état du vestiaire. Zidane a aussi pris contact avec Laurent Blanc — son ancien coéquipier en sélection, sélectionneur des Bleus entre 2010 et 2012 — pour tirer profit d’une expérience directe à la tête de l’équipe nationale. La gestion d’une sélection, avec ses rassemblements courts et fragmentés, diffère du travail quotidien d’un club : Blanc est l’un des rares à pouvoir lui décrire cette réalité de l’intérieur.
En novembre 2025, lors d’une opération caritative, Zidane avait livré un signal clair : il allait « bientôt entraîner ».
Bettoni, Msaidie : un noyau dur issu du Real Madrid
Le staff est déjà pensé dans ses grandes lignes. David Bettoni en sera le pilier. Âgé de 54 ans, il connaît Zidane depuis l’âge de 15 ans, au centre de formation de l’AS Cannes. Il l’a suivi sur les deux mandats au Real Madrid — 2016-2018, puis 2019-2021 — comme préparateur des séances d’entraînement. Le Quotidien du Sport le décrit comme « le Guy Stéphan de Zidane ». Bettoni a lui-même résumé ce qui fait la force de son futur patron : « Sa qualité principale, c’est sa manière de gérer son effectif, qui plus est lorsqu’il est composé de vedettes aux ego boursouflés. »
Le deuxième nom qui circule dans toutes les sources est celui d’Hamidou Msaidie, figure discrète mais centrale de l’ère madrilène. À Valdebebas, il cumulait les fonctions de kinésithérapeute, de spécialiste en rééducation et de soutien psychologique collectif. Mundo Deportivo a indiqué que « son influence sur les joueurs était profonde ».
En janvier 2026, les trois hommes ont mis en ligne sur YouTube une conversation d’une heure consacrée à « l’exigence du très haut niveau ». La mise en scène avait tout d’une opération de communication calculée : Zidane, Bettoni et Msaidie y exposaient leur vision du management sportif, à l’adresse du football français autant que des dirigeants de la FFF.
Zidane souhaite un staff plus large que celui de Deschamps, qui compte aujourd’hui dix-neuf personnes en incluant le médical, l’administratif et l’intendance. Une cellule dédiée à l’analyse de données est envisagée — une première pour l’équipe de France. Ses contours précis n’ont pas encore filtré.
Une philosophie : l’adhésion avant la tactique
En janvier 2026, Zidane a résumé sa méthode dans cette même vidéo : « La chose la plus importante, c’est de partager des choses. S’ils ne sont pas d’accord avec tout ce que tu mets en place, il manquera toujours quelque chose. » Ce principe traverse tous les témoignages de ses anciens joueurs au Real Madrid.
Luka Modric affirmait dès 2020 que Zidane « comprenait les joueurs parfaitement ». En février 2026, Keylor Navas déclarait au quotidien espagnol As : « Sa façon de nous parler et de nous traiter était incroyable. Nous ne pouvions pas nous permettre de donner moins de 200% à l’entraînement pour être à la hauteur de sa méthode. » Gareth Bale a décrit une approche tactiquement légère : « Dans les matchs importants, on travaillait 15 minutes sur les tactiques défensives. »
Sur le jeu, Zidane a réaffirmé en octobre 2025 sa préférence pour un football offensif : « Quand je regarde les matchs, j’ai envie de voir un jeu plus offensif. » Cette orientation marquerait une rupture avec le pragmatisme défensif qui a parfois caractérisé les Bleus sous Deschamps. Une rupture revendiquée.
Une interrogation subsiste. Cinq ans sans banc, c’est une durée sans précédent pour un entraîneur de ce niveau. Plusieurs de ses anciens joueurs décrivent une approche qui repose davantage sur la relation humaine que sur la complexité tactique — une force dans un vestiaire de stars, potentiellement un risque face à des adversaires qui auront analysé les Bleus pendant des mois.
Cinq ans de refus pour un seul poste
Cette préparation s’appuie sur une stratégie d’attente construite depuis mai 2021, date à laquelle Zidane quittait le Real Madrid. Depuis, les sollicitations s’étaient accumulées : le PSG, Manchester United, le Bayern Munich, Al-Nassr. À l’été 2025, Fenerbahçe cherchait un successeur à José Mourinho. Zidane déclina également. Romano résume la logique de ces cinq années : « Il attendait d’autres opportunités. L’opportunité qu’il a en tête, c’est de devenir sélectionneur de l’équipe de France. »
En mai 2025, lors d’un événement organisé par Adidas, il avait abandonné toute prudence : « Je me sens légitime en équipe de France, où j’ai joué et passé pratiquement 12, 13 ou 14 ans comme joueur. Bien sûr, c’est un rêve, j’ai hâte. »
L’accord, le calendrier, et Mbappé
Sur le plan institutionnel, Fabrizio Romano a confirmé dans son podcast Here We Go l’existence d’un accord verbal entre Zidane et la FFF : « Il y a un accord verbal entre Zinedine Zidane et la FFF pour qu’il ait le poste après la Coupe du Monde. » Le Parisien rapporte la même information. Romano pose lui-même la limite : « Tant que le contrat n’est pas signé, tout est possible. »
Le Mondial 2026 se déroule du 11 juin au 19 juillet aux États-Unis, au Canada et au Mexique. La première fenêtre FIFA est programmée en septembre 2026. Deschamps lui-même, le 8 janvier 2025, avait ouvert la voie : « Zizou est un très bon candidat, naturel et j’ajouterai attendu. »
La question Mbappé est résolue avant d’avoir été posée. Zidane était présent à la présentation officielle de l’attaquant au Santiago Bernabéu, à l’été 2024. En mars 2025, Mbappé a déclaré sur le plateau du 20 heures de TF1 : « Si Zidane vient, je serai heureux. » Christophe Dugarry, champion du monde 1998 et proche des deux hommes, formule l’équation sans détour : « Ils sont contraints de s’entendre. Zizou a besoin de Mbappé, Mbappé aura besoin de Zizou. »