Combien gagne Romain Del Castillo ?

02/05/2026

Salaire divisé par deux à l’arrivée, doublé trois ans plus tard : Del Castillo à Brest, portrait d’un joueur qui a misé sur le terrain plutôt que l’argent.

Le 31 août 2021, à quelques heures de la fermeture du mercato, le Stade Brestois 29 officialisait l’arrivée de Romain Del Castillo en provenance du Stade Rennais pour une indemnité de 1,5 million d’euros. Pour Rennes, le mouvement se soldait par une moins-value de 500 000 euros sur le prix d’achat de 2018. Pour Del Castillo, 25 ans à l’époque, il représentait une réduction salariale de l’ordre de 51% : de 798 000 euros annuels estimés à Rennes à 390 000 euros à Brest, selon les données publiées par Foot Mercato.

Le contexte explique l’arbitrage. En trois saisons rennaises, Del Castillo avait disputé 104 matchs toutes compétitions confondues, dont la finale de Coupe de France 2019 remportée aux tirs au but contre le PSG (2-2, 6-5 a.p.), où il figurait parmi les remplaçants sans entrer en jeu, sans jamais obtenir un statut de titulaire indiscutable. À Lyon auparavant, il n’avait accumulé que deux apparitions en Ligue 1 depuis ses débuts le 20 novembre 2015 face à Nice. Deux prêts en Ligue 2, à Bourg-en-Bresse puis à Nîmes, où il marqua en mai 2018 le but décisif de la montée en Ligue 1 face au Gazélec d’Ajaccio, avaient constitué l’essentiel de sa formation réelle.

À Brest, Del Castillo obtint ce que Lyon et Rennes lui avaient refusé : du temps de jeu régulier. La première saison fut néanmoins amputée par trois blessures à l’aine, totalisant 94 jours d’absence et 12 matchs manqués. Le club avait misé sur un joueur fragile. Il fallut attendre 2023-2024 pour que la mise parie.

Huit buts, huit passes, un doublement de salaire

En novembre 2023, alors que la saison de Ligue 1 en cours était à peine entamée, le Stade Brestois annonçait la prolongation du contrat de Del Castillo jusqu’au 30 juin 2027, assortie d’une revalorisation salariale de 100%. Le salaire annuel brut passait à environ 780 000 euros, soit 65 000 euros par mois. La décision était prise avant même que le joueur ne boucle ce qui allait devenir sa meilleure saison.

La saison 2023-2024 confirma le pari du club : 8 buts en 33 matchs de Ligue 1, meilleur buteur de Brest, et 8 passes décisives, qui le plaçaient co-meilleur passeur du championnat. Sur 2 521 minutes jouées, Del Castillo fut l’un des artisans de la 3e place finale du club, deux points devant Lille (61 contre 59), suffisante pour décrocher la première qualification directe en Ligue des champions de l’histoire du Stade Brestois 29.

La mécanique financière de cette trajectoire mérite d’être lue dans l’ordre exact des faits : Del Castillo accepta une baisse de salaire en 2021, le club le prolongea en novembre 2023 avant le pic de sa forme, et les performances de 2023-2024 validèrent rétroactivement la décision. En quatre ans, son salaire annuel estimé à Brest progressait de 390 000 à 780 000 euros.

780 000 euros par an : ce que le chiffre dit et ne dit pas

Les 780 000 euros annuels cités dans la presse spécialisée française, Foot Mercato, Sportune, 20 Minutes, constituent la fourchette de référence pour la saison en cours. Ils correspondent à environ 15 000 euros par semaine. Ces données restent des estimations : en France, les clubs de Ligue 1 ne publient pas les rémunérations de leurs joueurs, et aucune source officielle ne les confirme.

La précaution s’impose d’autant plus que les écarts entre plateformes peuvent être considérables. Le site américain Capology évalue le salaire de Del Castillo à 2,73 millions d’euros annuels pour 2025-2026, soit 3,5 fois supérieur à l’estimation française. SalarySport, de son côté, l’estime à environ 832 000 livres sterling annuels, primes comprises, soit près de 967 000 euros au taux courant. Ces écarts, non justifiés par les médias français, indiquent la fragilité de toute donnée salariale non confirmée par le club ou l’entourage du joueur.

Ce qui est en revanche documenté : la valeur marchande. Transfermarkt estimait celle de Del Castillo à 7 millions d’euros en décembre 2025, FotMob à 5,5 millions d’euros en 2026. À 30 ans, avec un contrat expirant en juin 2027, le joueur se situe en haut de sa courbe commerciale. Sa valeur nette totale, calculée par SalarySport à partir des revenus agrégés depuis 2018, est estimée à 5,37 millions d’euros.

La Ligue des champions sans les sponsors

L’aventure européenne 2024-2025 aurait pu constituer le levier commercial manquant. Pour la première fois de son histoire, le Stade Brestois disputait la phase de ligue de l’UEFA Champions League. Del Castillo y joua 7 matchs pour 446 minutes, sans but ni passe décisive. Le club termina 18e sur 36 équipes en phase de ligue avec 13 points, quatre victoires dont des succès contre Sturm Graz et Salzbourg, un nul contre le Bayer Leverkusen, cinq défaites, avant d’atteindre les barrages de la phase à élimination directe, où Brest fut éliminé par le PSG sur un score cumulé de 0-10.

Cette exposition européenne n’a pas, à ce jour, généré de contrat publicitaire documenté pour Del Castillo. Aucun partenariat personnel avec Nike, Adidas, Puma ou une marque grand public n’est répertorié dans les médias spécialisés ou la presse économique. Sa seule présence commerciale identifiée hors terrain : des cartes numériques échangées sur la plateforme NFT Sorare, sous licence officielle de la Ligue 1, dont les redevances sont marginales. Il bénéficie par ailleurs des contrats équipementiers collectifs du club.

L’explication tient en un fait : Del Castillo n’a jamais été convoqué en équipe de France A. Pourtant éligible à l’Espagne par ses origines paternelles, il avait choisi le drapeau français et obtenu 10 sélections en Espoirs, sans but. C’est la sélection nationale qui ouvre, en France, les portes des grands contrats de sponsoring individuel. Sans elle, même une Ligue des champions ne suffit pas.

La blessure comme plafond de verre

L’historique médical de Del Castillo est la variable qui, plus que toute autre, explique l’écart entre ses performances et sa valorisation marchande. Trois blessures à l’aine en 2021-2022 pour 94 jours d’absence cumulés et 12 matchs manqués. Une lésion du ligament collatéral du genou en février-mars 2025 pour 35 jours et 8 matchs manqués. Une blessure musculaire en octobre 2025 (16 jours, 1 match) et un carton rouge entraînant une suspension d’un match en janvier 2026.

En 2024-2025, Brest termina 9e de Ligue 1. Del Castillo ne marqua que 6 buts en 26 matchs. La corrélation entre ses absences et les résultats du club fut relevée par la presse régionale : Ouest-France signalait en octobre 2025 que le joueur était « toujours absent de l’entraînement », le club attendant son retour pour retrouver de la fluidité offensive.

La saison en cours, 2025-2026, marque un retour à l’équilibre : 8 buts et 3 passes décisives en 27 matchs au 22 avril 2026, avec une note moyenne de 7,29 sur 10 sur FotMob. Ce rendement retrouvé intervient à 30 ans, en dernière année pleine de contrat avant l’échéance de juin 2027. En janvier 2026, le FC Nantes avait sondé Brest pour un transfert hivernal : le club breton avait refusé.

1 Coupe de France et 387 matchs plus tard

Le palmarès de Del Castillo se résume à un titre majeur : la Coupe de France 2019 remportée avec Rennes aux tirs au but face au PSG (2-2, 6-5 a.p.). Remplaçant non utilisé lors de cette finale, il en est médaillé comme l’ensemble de l’effectif. Convoqué également pour la finale du Trophée des Champions en août 2019, perdue face au même PSG (1-2), il n’a ensuite jamais retrouvé de finale de cette ampleur. Sur l’ensemble de sa carrière, 387 matchs toutes compétitions confondues, 47 buts, 55 passes décisives, il n’a jamais été champion de France, jamais retenu en équipe nationale A, jamais transféré pour un montant supérieur à 2 millions d’euros.

Son premier but en Ligue 1 avait pourtant valeur de signal : le 18 août 2019, à Rennes, il inscrit le 2-1 de la tête contre le PSG sur un centre d’Eduardo Camavinga, alors âgé de 16 ans, à la 48e minute. Camavinga rejoindrait le Real Madrid deux ans plus tard pour 40 millions d’euros. Del Castillo, lui, rejoindrait Brest pour 1,5 million.

La trajectoire des deux joueurs dit quelque chose d’une réalité du football professionnel français : la valeur d’un ailier discret se mesure sur la durée, par l’accumulation, 387 matchs, cinq clubs, deux saisons de Ligue 2 avant la Ligue 1, une blessure pour une performance, une performance pour une prolongation. Le salaire doublé de 2023 n’est pas une récompense tardive. C’est le prix d’un pari tenu.

Image placeholder

Féru de sports extrêmes et de préparation physique, Marie Meunier est responsable de la rubrique nutrition.

Laisser un commentaire