Vainqueur du Tour de Grande-Bretagne, entré dans le top 20 mondial : Romain Grégoire est le meilleur coureur français du moment en compagnie de son ami Paul Seixas.
Le 7 septembre 2025, à l’issue de la dernière étape du Tour de Grande-Bretagne disputée à Cardiff, Romain Grégoire a levé les bras pour la dixième fois dans sa carrière professionnelle. Au classement général, il précédait Remco Evenepoel, crédité de 2,82 millions d’euros annuels chez Soudal Quick-Step avant de rejoindre Red Bull-Bora-Hansgrohe en janvier 2026 pour un contrat estimé entre 5 et 8 millions d’euros, et Julian Alaphilippe, revenu dans le peloton des premiers sous les couleurs de Tudor. Pour Grégoire, c’est la victoire la plus prestigieuse d’une progression qui n’a pas connu de palier depuis 2022.
Trois ans plus tôt, il pointait au 301e rang du classement mondial UCI. Fin 2025, il était 34e et en avril 2026, après ses performances aux classiques ardennaises, il a intégré le top 20 mondial. Le 1er mars 2026, il a remporté la Faun Drôme Classic au sprint face à l’Américain Matteo Jorgenson, en haut de la côte d’Étoile-sur-Rhône, sa 13e victoire. En juin 2025, il avait gagné la première étape du Tour de Suisse en solitaire sous la pluie à Küssnacht, portant le maillot de leader pendant quatre jours consécutifs. En avril 2026, il a terminé 4e de l’Amstel Gold Race et 4e des Strade Bianche.
Champion d’Europe à 18 ans, professionnel à 19
Le 10 septembre 2021, à Trente, Romain Grégoire a devancé au sprint le Norvégien Per Strand Hagenes pour décrocher le titre de champion d’Europe sur route juniors. La semaine suivante, Hagenes prenait sa revanche au Championnat du monde, reléguant Grégoire à la médaille d’argent. En octobre 2021, Groupama-FDJ annonçait la signature du coureur pour sa formation WorldTour. Il avait 18 ans.
Cette saison 2021 avait été précédée d’un doublé national en 2020, champion de France sur route et au contre-la-montre juniors, et complétée par deux Vélos d’Or français, la récompense annuelle du cyclisme hexagonal. En janvier 2022, avant même de disputer sa première saison comme espoir professionnel dans la continentale de Groupama-FDJ, il avait ajouté le titre de champion de France de cyclo-cross espoirs.
La saison 2022 avait été celle des victoires en bloc : Liège-Bastogne-Liège espoirs, Giro del Belvedere, une étape du Tour de l’Avenir. En 2023, néo-professionnel dans l’équipe première WorldTour, il avait remporté les Quatre Jours de Dunkerque au classement général, devenant le plus jeune vainqueur de l’épreuve, puis le Tour du Limousin, avec deux victoires d’étapes. Cette année-là, il était le néo-professionnel ayant décroché le plus de victoires dans le peloton mondial.
En 2024, sa première victoire dans une épreuve de rang WorldTour était arrivée lors de la 5e étape du Tour du Pays basque, en avril. En juillet, il participait pour la première fois au Tour de France, terminant 41e au général et remportant le prix de la combativité de la 17e étape.
Prolongé pendant le Tour, courtisé avant
L’annonce avait été faite lors de la deuxième journée de repos du Tour de France 2024, à Gruissan : Romain Grégoire prolongeait son contrat avec Groupama-FDJ jusqu’en 2027. Trois ans de fidélité à une équipe dont il est, depuis cette signature, le leader offensif désigné.
Le calendrier choisi par la direction sportive n’était pas anodin. Grégoire était alors sollicité par des formations concurrentes. La pression du mercato, dans un sport où les contrats ne sont jamais rendus publics, constitue le seul signal indirect de la valeur marchande d’un coureur. Groupama-FDJ United, nom complet de l’équipe depuis le changement de dénomination, affichait un budget estimé entre 20 et 25 millions d’euros pour la saison 2024, avec une masse salariale d’environ 16,5 millions d’euros en 2022.
Une fourchette entre 600 000 et 1 million d’euros
Aucune source officielle ne divulgue la rémunération de Romain Grégoire. En février 2026, sa fiche sur le site Sportune, qui compile les données financières des sportifs professionnels, ne mentionnait que la mention « NC », non communiqué, aussi bien pour le salaire que pour la fortune.
Les éléments disponibles permettent néanmoins d’établir une fourchette de référence. Le salaire moyen d’un coureur masculin du WorldTour s’établissait à 500 000 euros en 2025 et à environ 538 000 euros en 2026, une moyenne mécaniquement gonflée par les contrats de Tadej Pogačar, crédité de 8 millions d’euros par an chez UAE Team Emirates, ou de Wout van Aert, estimé à 4 millions d’euros. La majorité du peloton perçoit entre 100 000 et 400 000 euros annuels.
Des échanges sur des forums cyclistes spécialisés évoquaient, dès 2024, un salaire de l’ordre de 700 000 euros pour Grégoire, un chiffre non vérifié mais cohérent avec le positionnement de ses coéquipiers de référence chez Groupama-FDJ : Guillaume Martin, David Gaudu ou Stefan Küng sont estimés entre 1 et 2 millions d’euros. Lenny Martinez, profil comparable, jeune talent français très convoité, était associé à des offres avoisinant 1,5 million d’euros avant son départ de l’équipe.
En tenant compte du statut de leader, de l’intensité du mercato à son égard et de la grille de marché habituelle pour ce profil, une fourchette de 600 000 à 1 million d’euros annuels depuis 2025 est la plus probable. Elle reste invérifiable. La transparence salariale est, dans le cyclisme européen, une exception que les équipes s’emploient à ne pas créer.
La montre à 980 €, seul contrat documenté
Le 1er juillet 2025, quatre jours avant le départ de son deuxième Tour de France, Romain Grégoire a été présenté comme nouvel ambassadeur de la marque horlogère Humbert-Droz. La coïncidence géographique était mise en avant : comme lui, la marque est bisontine, Besançon restant la capitale française de l’horlogerie. Le partenariat allait au-delà d’un simple accord de visibilité : une montre à son nom, la HD10 Romain Grégoire, a été produite en édition limitée à 100 exemplaires, commercialisée à 980 euros l’unité, avec boîtier en fibre de carbone et mouvement automatique.
C’est, à ce jour, le seul contrat commercial personnel documenté du coureur. Les termes financiers de l’ambassadorat n’ont pas été divulgués. Les équipes du WorldTour encadrent généralement les activités commerciales personnelles de leurs coureurs via des clauses contractuelles spécifiques, sans que celles-ci soient rendues publiques.
Ce que le cyclisme paie et ce qu’il tait
La rémunération de Romain Grégoire s’inscrit dans une opacité qui est, dans le cyclisme professionnel, la norme et non l’exception. Contrairement au football ou au tennis, où les salaires circulent régulièrement dans la presse spécialisée, le cyclisme WorldTour ne dispose d’aucun mécanisme de publication. Les contrats sont des documents strictement privés entre le coureur, son agent et son équipe.
Grégoire, entré dans le top 20 mondial à 23 ans, vainqueur d’une épreuve WorldTour devant Evenepoel, est probablement l’un des coureurs français les mieux rémunérés de sa génération, tout en étant très loin des standards financiers qui s’appliquent à ses adversaires directs au classement mondial. L’horizon 2027, date d’expiration de son contrat actuel, représente la prochaine fenêtre d’évaluation. Si ses résultats sur les grands tours progressent au niveau de ses performances sur les épreuves d’un jour, les prochaines négociations se dérouleront dans un autre registre.