Nasser Al-Khelaïfi et PSG, tueurs du foot français

26/03/2026

Président du PSG, de beIN Media et membre du CA de la LFP, Nasser Al-Khelaïfi concentre des pouvoirs incompatibles partout en Europe. Procédures judiciaires, droits TV, calendrier : état des lieux.

Nasser Al-Khelaïfi préside le PSG, dirige beIN Media Group et siège au conseil d’administration de la LFP, l’instance qui attribue les droits TV que son groupe achète. Dans toutes les grandes ligues européennes, ce cumul est exclu par les règlements. En France, il dure depuis plus d’une décennie. Le rapport sénatorial Savin, adopté à l’unanimité en octobre 2024, épingle « une gestion insatisfaisante des conflits d’intérêts » et leurs « effets délétères » sur la LFP. L’une de ses 35 recommandations vise nommément Al-Khelaïfi : rendre incompatible la direction d’un diffuseur avec un siège au CA d’une ligue dont il achète les droits. Philippe Diallo, président de la FFF, a reconnu la nécessité d’agir. Aucune réforme n’a suivi.

Le jour où Oughourlian l’a mis face à ses contradictions

Le 14 juillet 2024, 41 présidents de clubs se réunissent pour statuer sur les droits télévisés. Al-Khelaïfi est dans la salle. Les images diffusées par France 2 en février 2025 montrent Joseph Oughourlian, président de Lens, lui lancer : « Tu intimides tout le monde. Il faut que tu comprennes un concept qui s’appelle le conflit d’intérêts. » Le CA ouvre dans la foulée des négociations exclusives avec DAZN et beIN Sports, pour un accord à 478,5 millions qui tournera court : DAZN n’honorera qu’une fraction de ses engagements.

Six mois plus tard, le 11 février 2026, Nicolas de Tavernost démissionne en plein CA de LFP Media. La FIFA vient d’attribuer les droits du Mondial 2026 et 2030 à beIN Sports, écartant Ligue 1+ et son contrat de 20 millions présenté comme acquis. Avant de partir, Tavernost désigne publiquement la responsabilité du PSG : « Le processus est anormal. » Challenges parle de « double jeu du PSG et de beIN Sports ».

PNF, Anticor : trois procédures en deux ans

Février 2024 : enquête du PNF pour détournement de fonds publics. Novembre 2024 : perquisition du siège de la LFP. Juillet 2025 : Anticor saisit le PNF avec neuf chefs d’accusation dont escroquerie en bande organisée et blanchiment aggravé. Mars 2026 : second signalement ciblant Al-Khelaïfi personnellement pour les négociations de l’été 2024.

Un championnat à 34 contre un

En 2011, le PSG générait 99 millions de revenus. En 2025, 837 millions. Son budget 2025-2026 dépasse 850 millions, contre 25 millions pour Angers. L’écart est de 34 fois. Le rapport UEFA de février 2026 établit un ratio de 29 entre les recettes commerciales du PSG et le club médian français. En Angleterre, ce ratio est de 9. Les Football Leaks ont documenté le mécanisme : 1,35 milliard injecté via des sponsorings gonflés, dont un contrat à 200 millions par an avec l’Autorité du tourisme du Qatar, évalué à 2,7 millions par le cabinet Octagon.

La saison 2024-2025 s’est soldée par 1,3 milliard de pertes d’exploitation pour le football professionnel français. Pour 2025-2026, les 18 clubs se partagent 80,5 millions de droits TV nets. Le champion touchera 4,67 millions, moins que la lanterne rouge la saison précédente. En Premier League, Southampton, dernier, a encaissé 125,2 millions. Quatorze clubs sur 18 sont déjà déficitaires.

Le PSG réécrit aussi le calendrier

En mars 2026, le PSG demande le report de son match contre Lens, premier poursuivant à un point, calé entre deux quarts de finale de Ligue des Champions contre Liverpool. La LFP tranche seule.

Lens dénonce une « conception singulière de l’équité sportive ».

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Théo Larnaudie est un journaliste spécialisé dans le football. Après avoir travaillé au sein de plusieurs médias européens, il a rejoint Sport Live en tant que chef de la rubrique football.