Combien gagne Jonas Vingegaard ?

13/03/2026

Double vainqueur du Tour de France et lauréat de la Vuelta 2025, Jonas Vingegaard n’est plus seulement un phénomène sportif. À 29 ans, le Danois est devenu l’un des visages les plus bankables du cyclisme moderne, au point de se hisser dans le club très fermé des coureurs rémunérés plusieurs millions d’euros par an.

De coureur discret à star à plusieurs millions

Il y a encore quelques années, Jonas Vingegaard n’était qu’un équipier prometteur, payé quelques centaines de milliers d’euros par saison. Sa victoire surprise sur le Tour de France 2022, puis sa confirmation en 2023, changent tout : l’équipe Visma–Lease a Bike verrouille son leader à coups de prolongations successives et de grosses revalorisations salariales.

Un premier bond intervient en 2023, avec un contrat autour de 4 millions d’euros annuels. En fin d’année, une deuxième prolongation étire son engagement jusqu’en 2028 et confirme son statut de pilier du projet Visma. Aujourd’hui, les estimations convergent vers une rémunération située entre 4,5 et 5 millions d’euros bruts par saison. Vingegaard se situe ainsi dans le sillage des deux autres géants de sa génération, Tadej Pogacar et Remco Evenepoel, même s’il reste légèrement en retrait sur le plan financier.

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Un top 4 mondial très concentré

La hiérarchie des salaires en 2026 illustre la polarisation croissante du peloton. En tête, Tadej Pogacar et Tom Pidcock culminent autour de 8 millions d’euros annuels chacun, un niveau inédit pour des cyclistes sur route. Le Slovène, quadruple vainqueur du Tour, a signé un contrat de long terme assorti d’une clause libératoire digne du football. Le Britannique Pidcock a, lui, provoqué un séisme en quittant Ineos pour Q36.5, formation de deuxième division qui lui a proposé un chèque comparable à celui de Pogacar.

Juste derrière ce duo, Remco Evenepoel, désormais leader de Red Bull–Bora-hansgrohe, se situe dans une fourchette de 5 à un peu plus de 6 millions d’euros selon les estimations. Jonas Vingegaard ferme ce carré d’as avec ses 4,5 à 5 millions. Viennent ensuite Mathieu van der Poel et Wout van Aert, autour de 3,5 à 4 millions. Pour le Danois, être quatrième de ce classement signifie une chose simple : il est payé comme ce qu’il est devenu, l’un des très rares coureurs capables de gagner un grand tour chaque année.

Les primes : prestige plus que jackpot personnel

À ce salaire s’ajoutent les primes de course. Sur ce terrain, le Tour de France reste la vache à lait du peloton : environ 2,6 millions d’euros de dotation globale, dont 500 000 euros pour le vainqueur du classement général, 200 000 pour le deuxième, 100 000 pour le troisième. Vingegaard a déjà empoché deux fois la prime de vainqueur, en 2022 et 2023, puis celle de deuxième en 2024 et 2025.

En 2025, il termine à 4 minutes et 24 secondes de Pogacar, deuxième d’un Tour dominé par le Slovène. Quelques semaines plus tard, il remporte enfin la Vuelta, avec une prime de victoire inférieure à celle du Tour, mais complétée par les gains des étapes et des maillots distinctifs. Sur une saison, les primes de grands tours peuvent ainsi représenter plusieurs centaines de milliers d’euros supplémentaires pour un coureur de ce niveau.

Dans les faits, ces montants ne lui reviennent pas intégralement. Dans le cyclisme, la tradition veut que le leader partage ses gains avec ses équipiers et le staff, des directeurs sportifs aux mécaniciens. Les primes servent autant à cimenter le collectif et à remercier les lieutenants qu’à enrichir le champion.

Sponsors personnels : une star qui reste discrète

À l’heure des influenceurs et des champions omniprésents sur les réseaux sociaux, Jonas Vingegaard fait figure d’exception. Peu actif en ligne, toujours en retrait devant les caméras dès que la course s’arrête, le Danois a choisi un positionnement à contre-courant de la starisation de ses rivaux. Cette discrétion limite mécaniquement le nombre de contrats commerciaux grand public.

Il n’en reste pas moins une valeur sûre pour certaines marques. Son partenariat le plus visible est conclu avec Bygma, groupe danois de matériaux de construction, qui lui a offert un casque rouge et blanc très identifiable, inspiré du drapeau national. On le voit désormais régulièrement avec ce casque personnalisé sur les grandes courses par étapes. À cela s’ajoutent des accords plus classiques liés à son équipe (vélo, vêtements, casque hors partenariat personnel, nutrition), dont il bénéficie via les contrats globaux de Visma–Lease a Bike.

Compte tenu de ce profil plus discret que celui de Pogacar, sa part de revenus publicitaires reste vraisemblablement inférieure à celle de son rival slovène, qui multiplie les collaborations avec des marques premium et de luxe.

Une fortune déjà confortable

En cumulant salaires successifs, primes de victoires et partenariats, les estimations situent désormais le patrimoine de Jonas Vingegaard dans une fourchette d’environ 8 à 12 millions de dollars. Le coureur a quitté le Danemark pour s’installer en Suisse, dans le canton du Tessin, à l’image de nombreux champions du peloton. Une manière de profiter d’un environnement montagneux idéal pour l’entraînement… et d’une fiscalité plus clémente.

Cette fortune reste modeste à l’échelle du sport business global, mais considérable dans un milieu où, il y a encore vingt ans, rares étaient les coureurs à dépasser le million d’euros annuel. Vingegaard concentre dans sa trajectoire l’accélération financière du cyclisme de ces dernières années.

Un sport en pleine inflation, mais très inégalitaire

Si le Danois gagne entre 4,5 et 5 millions par an, la grande majorité des professionnels évolue dans un autre monde. Le salaire minimum d’un coureur WorldTour tourne autour de 44 000 euros bruts par an, un niveau qui a été gelé pour 2026. Un néo-professionnel oscille entre 35 000 et 40 000 euros. Autrement dit, Vingegaard touche autour d’une centaine de fois le plancher réglementaire.

Les budgets des équipes, eux, explosent. Le WorldTour masculin pèse désormais plus de 660 millions d’euros de dépenses annuelles. Certaines structures dépassent les 50 millions, comme Visma–Lease a Bike, mais restent encore loin des mastodontes soutenus par des fonds du Golfe ou par de grands distributeurs. L’arrivée de marques comme Red Bull, Lidl ou Decathlon a musclé la concurrence et tiré les salaires vers le haut… principalement pour une poignée de leaders.

L’équation économique de Visma–Lease a Bike

C’est dans ce contexte que l’avenir de Vingegaard se joue aussi en dehors des routes. Son équipe doit composer avec l’annonce du retrait de Visma comme sponsor principal à l’horizon 2026. Pour maintenir un effectif capable de rivaliser avec Pogacar, Evenepoel et consorts, il faudra trouver un nouveau partenaire prêt à injecter plusieurs dizaines de millions d’euros par an.

Le budget actuel de Visma–Lease a Bike se situe autour de 50 millions d’euros, dont une trentaine consacrés aux salaires. Pour conserver à la fois Jonas Vingegaard et Wout van Aert, l’équipe n’aura pas d’autre choix que de sécuriser un sponsor capable de prendre le relais. Faute de quoi, la question du maintien du Danois jusqu’au bout de son contrat, fixé à 2028, se posera inévitablement.

Un champion qui vaut son prix

Sportivement, Vingegaard continue de justifier son statut. Après sa deuxième place sur le Tour 2025 et sa victoire sur la Vuelta la même année, il a lancé la saison 2026 en écrasant Paris–Nice, où il a remporté une étape dantesque vers Uchon sous la pluie et le vent, endossant le maillot jaune dès la première arrivée au sommet.

Aux yeux des équipes et des sponsors, un coureur capable de gagner régulièrement des grands tours, d’incarner une marque et de rester loin des polémiques vaut cher. Très cher. En quelques années, Jonas Vingegaard est ainsi passé de « bon grimpeur discret » à actif stratégique d’une équipe à 50 millions d’euros. Un champion qui, sans atteindre encore les sommets financiers du football, incarne déjà la nouvelle ère d’un cyclisme devenu, lui aussi, un business de stars.

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Journaliste sportif depuis 2015, Thomas Moreau est spécialisé dans le cyclisme et le hand.

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