Retour sur la carrière de Zinédine Zidane, du prodige marseillais à l’entraîneur des Bleus.
Il est de ceux qui ont tout gagné, crampons vissés ou costume cintré. De la volée de Glasgow aux deux coups de tête face au Brésil, sans oublier l’inoubliable coup de sang à Berlin, le parcours de Zinédine Zidane raconte mieux qu’aucun autre l’ascension d’un enfant de Marseille devenu l’icône d’une nation.
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I. La Genèse : L’artiste en devenir (1972-1996)
L’histoire débute à Marseille, un 23 juin 1972. Dans le quartier populaire de la Castellane, Zinédine Yazid Zidane forge ses premiers gestes de footballeur, loin des strass de l’élite. Ironie de l’histoire : celui que beaucoup considèrent comme le plus grand joueur français n’aura jamais porté le maillot de l’Olympique de Marseille. Détecté par l’AS Cannes lors d’un stage au CREPS d’Aix-en-Provence à l’été 1987, il rejoint la formation azuréenne. Il effectue ses débuts en D1 le 20 mai 1989 contre le FC Nantes de Didier Deschamps. Un clin d’œil du destin : deux ans plus tard, avec Cannes, le jeune Yazid s’offre le luxe de battre l’OM de Beckenbauer.
L’étape bordelaise marque un tournant. Jugé « trop lent » par Raymond Goethals, alors entraîneur de l’OM, Zidane file à Bordeaux en 1992 pour trois millions de francs. Aux côtés de Dugarry et Lizarazu, il forme un trio qui marque les esprits. Le 6 décembre 1995, l’Europe découvre son talent. En huitième de finale de la Coupe UEFA contre le Betis Séville, il inscrit un but venu d’ailleurs : un lob du gauche de 40 mètres. Son coéquipier Anthony Bancarel se souvient de ses mots après la rencontre : « 8 fois sur 10, elle part en tribunes ». Ce jour-là, elle finit au fond des filets. Bordeaux ira jusqu’en finale contre le Bayern Munich.
II. Le sommet du monde : Turin, Paris, Madrid (1996-2006)
À l’été 1996, Zidane rejoint la Juventus. Le changement n’est pas une simple promotion, mais un saut dans une autre dimension. À Turin, il prend de l’épaisseur, apprend la rigueur tactique. Il dira plus tard y avoir pris « 10 ans d’avance ». Deux ans plus tard, en 1998, il décroche le Ballon d’Or avec 244 points. Loin devant.
Mais c’est le 12 juillet 1998 que le mythe s’installe. Finale de Coupe du Monde au Stade de France. Face au Brésil, Zidane frappe deux fois, de la tête, sur corner. À la 27e, puis à la 45e minute. « Je savais bien que j’avais fait quelque chose de top », confiera-t-il plus tard. La France s’enflamme, Zidane entre dans la légende.
En 2001, nouveau virage : direction le Real Madrid. Transféré pour 77,5 millions d’euros, il devient le joueur le plus cher du monde. Il justifie rapidement l’investissement. En finale de la Ligue des Champions 2002, il inscrit un chef-d’œuvre : une reprise de volée du gauche face au Bayer Leverkusen. Ce but entre directement dans le panthéon du football. À Madrid, il devient un Galactique, au sommet de son art.
III. L’homme et ses failles : de l’Olympe aux enfers
Mais même les géants vacillent. Zidane, lui, ne fait pas exception. En 2000, un coup de tête en Ligue des Champions avec la Juve lui coûte sans doute un deuxième Ballon d’Or, finalement attribué à Luis Figo. En 2002, blessé juste avant le Mondial, il ne joue que le dernier match contre le Danemark. Trop tard pour éviter la sortie de route des Bleus.
Et puis il y a Berlin. 9 juillet 2006. Sa dernière apparition sur un terrain. Il marque une Panenka contre Buffon, en finale de la Coupe du Monde. Mais à la 110e minute, il cède à la provocation de Marco Materazzi. Le coup de tête, l’expulsion, l’image fait le tour du monde. Zidane sort par la petite porte. Dans le vestiaire, il présente ses excuses. William Gallas se souvient : « On a trouvé ça très humble de sa part, mais c’est à l’image de la personne ».
IV. La deuxième vie : le « Mister » (2014-2021)
La suite s’écrit en coulisses, puis sur le banc. Conseiller, directeur sportif, puis entraîneur du Real Madrid à partir de janvier 2016. Les doutes sont nombreux. La réponse, implacable. Trois Ligues des Champions consécutives (2016, 2017, 2018). Du jamais vu dans l’ère moderne. Entraîneur discret mais redoutable, Zidane s’impose comme un meneur d’hommes, capable de faire cohabiter les égos comme il orchestrait autrefois le milieu de terrain.
Son arrivée à la tête de l’équipe de France est un nouveau défi, peut-être le plus grand de tous.