Faire l’amour est-il un sport ?

21/01/2026

La question peut faire sourire, mais elle mérite mieux qu’un haussement d’épaules ou une pirouette. Avant de trancher, il faut s’entendre sur les mots. Car enfin, qu’entend-on exactement par « sport » ?

Les institutions se sont penchées sur le sujet, avec le sérieux qu’on leur connaît. L’Organisation mondiale de la santé parle d’activité physique dès qu’un muscle bouge et dépense de l’énergie : marcher, faire le ménage, se déplacer, et bien sûr… aimer. Le Conseil de l’Europe, lui, y ajoute une finalité : s’améliorer physiquement ou psychiquement, tisser du lien, ou obtenir un classement. Enfin, le dictionnaire Oxford, jamais en reste, invoque la compétition. Voilà pour les définitions.

Avec ces cadres en tête, on peut regarder le sexe droit dans les yeux. Oui, c’est une activité physique. Le cœur s’emballe, les muscles travaillent, la respiration s’accélère, les hormones s’activent. Mais de là à y voir un sport ? Il faudrait des règles, un chronomètre, des podiums, une fédération. Rien de tout cela n’est à l’ordre du jour. À ce stade, « sport en chambre » reste une jolie image.

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L’intensité d’une marche rapide

Pourtant, l’effort est bien là. Des chercheurs québécois, brassards aux bras, ont observé ce qui se passait dans les draps de jeunes couples. Verdict : un rapport sexuel consomme, en moyenne, une centaine de calories chez l’homme, un peu moins chez la femme. L’intensité frôle celle d’une marche rapide. Loin d’un sprint, certes, mais pas tout à fait sédentaire non plus.

L’exercice, cependant, reste bref. Sept à dix minutes, rarement plus. Deux fois par semaine, dans les scénarios les plus optimistes. On est loin des 150 minutes hebdomadaires d’activité modérée préconisées par l’OMS. En clair, faire l’amour ne dispense pas d’enfiler ses baskets.

Ce n’est pas une raison pour le balayer d’un revers de main. Car les bénéfices sont là, au-delà des calories : cœur mieux irrigué, moral dopé, sommeil apaisé. Les cardiologues y voient un indicateur : si l’on peut faire l’amour sans douleur ni essoufflement, c’est que le cœur tient la route. Mieux, ils encouragent la reprise de la sexualité après un infarctus, sous réserve de stabilité. Le sexe devient alors un exercice, au même titre qu’un étage monté d’un bon pas.

Mais sport, non. Le Comité olympique n’a rien prévu en ce sens. La rumeur venue de Suède, annonçant un championnat du monde de sexe, a fait grand bruit avant d’être démentie. Pas de discipline, pas de sélection, pas de médaille. Et c’est sans doute mieux ainsi. Car introduire compétition, encadrement, notation, dans la sphère la plus intime… Le prix à payer serait lourd.

Cela n’empêche pas certains de mesurer, de chronométrer, d’optimiser. Des applications s’invitent dans la chambre, des anneaux connectés promettent des statistiques. Dans l’industrie du porno, les corps sont préparés comme pour un triathlon : cardio, yoga, gainage. Mais ce sont des professionnels du spectacle, pas des athlètes agréés par une fédération. Ils empruntent au sport ses méthodes, pas son statut.

La sociologie y voit une dérive. À force de parler de performance, d’endurance, de records, on importe dans le désir les logiques du rendement. Le plaisir devient un tableau Excel. La virilité se mesure en minutes. L’orgasme, en série. Les sexologues s’en inquiètent : à vouloir faire du sexe une discipline, on risque d’en oublier l’essence.

Alors, sport ou pas ? Cela dépend de ce qu’on y met. Dans les textes, non. Dans les corps, parfois. Dans les esprits, trop souvent.

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